Interview d’Hélène Guenin : "Le monde de la culture ne peut pas attendre indéfiniment"

Alors que le monde de la culture bat de l'aile à Nice pour cause de pandémie mondiale, Hélène Guenin, directrice du MAMAC depuis 2016, se confie sur les activités et les ambitions du musée.

Voilà maintenant plusieurs mois que le monde de la culture est anesthésié. Les cinémas, les opéras, les musées sont fermés, le temps tourne et la situation s’aggrave de plus en plus. Attaché à la culture au sein de la ville de Nice, Christian Estrosi parle d’une date clé qui correspond au 15 septembre prochain. En attendant, la directrice du MAMAC Hélène Guenin continue d’œuvrer malgré les incertitudes.

Quelle est la situation actuelle du musée, que se passe-t-il au MAMAC ? Mettez-vous des choses en place afin de garder un contact avec les passionnés d’art ?

Le contact avec notre public n’a jamais été rompu. Depuis mon arrivée au MAMAC en tant que directrice, je m’attache à faire de ce lieu un espace de partage et d’échanges entre nos collections et le public. La crise sanitaire ne nous a pas fait changer de cap. Au contraire, avec les équipes nous nous sommes adaptés et avons travaillé à de nouvelles formes de liens.

Nous avons œuvré à la refonte de notre site internet désormais régulièrement enrichi de nouveaux contenus : visites filmées des expositions actuelles et passées, mise en ligne de captations filmées d’interventions performatives dans le musée, jeux, quizz, activités autour des collections à réaliser en famille, tutos pour des ateliers avec les enfants. L’équipe, notamment de médiation, se mobilise autour de cela. Sur le compte Instagram du MAMAC, nous partageons également régulièrement des anecdotes sur les œuvres phare du musée ou encore des expositions confinées.


Pouvez-vous parler de la situation des artistes, que font-ils au quotidien ? Continuent-ils de travailler ?

La crise a accentué les états de précarité de nombreux artistes avec les reports de projets, voire annulations et désormais la difficulté pour les institutions à prendre des engagements à échéance 2021-2022 et à projeter des invitations nouvelles. D’un point de vue très pragmatique, de nombreux artistes dans le champ des arts visuels gagnent aussi leur vie en s’impliquant ponctuellement dans des montages d’expositions, de la médiation, et toutes activités qui ont cessé ou ont été largement ralenties par les confinements successifs.

Au musée, nous avons été très vigilants à maintenir nos engagements auprès des artistes, auteurs et compagnies engagés dans plusieurs de nos événements. Si les musées ont fermé, la création, elle, n’a jamais cessé. Le MAMAC a accueilli et accueille encore de nombreuses performances d’artistes et compagnies dont le travail fait l’objet de captations diffusées en ligne et prépare les expositions et les nouveaux accrochages de collection à échéance 2021-23.

Avez-vous reçu des aides financières de la mairie ? De l’Etat ? Comment gérez-vous l’aspect financier ?

Face à la crise sanitaire, la Ville de Nice a voté un plan de relance municipal en décembre dernier et notamment un plan d’investissement Culture 2021/2026 dans lequel s’inscrit la rénovation des musées de Nice. Ce vaste plan muséal vient d’une volonté forte de la Ville de Nice de faire rayonner à l’échelle nationale et internationale ces institutions. Elles sont en effet parties intégrantes du patrimoine culturel de la ville, et se doivent de répondre aux exigences des standards internationaux des musées.

Le MAMAC est installé dans un bâtiment patrimonial de qualité, mais qui a besoin de rénovation et d’une requalification de ses abords à la fois pour conserver les collections, accroître la visibilité de l’établissement, et offrir au public des locaux adaptés. Un premier programme de travaux doit débuter en 2021 et s’oriente autour de 2 grands axes : la conservation et la mise en valeur d’œuvres, et l’amélioration de l’accueil des visiteurs. Le musée bénéficiera ainsi de travaux de rénovation intérieurs et extérieurs et prévoit notamment la création d’une nouvelle galerie dédiée à la jeune création place Yves Klein.

Comprenez-vous la fermeture des musées, alors qu’on peut apercevoir des centres commerciaux bondés toute la journée ?

Je ne pense pas qu’il faille opposer les situations et comparer l’incomparable. La question de la santé publique doit l’emporter sur tout le reste et j’espère que les prochaines annonces seront positives. Comme beaucoup également, je suis intimement persuadée du rôle que peuvent jouer nos institutions en cette période de grande tension, de fatigue et de stress psychologique. Sortir, voir des œuvres en respectant un protocole strict peut apporter du bien être, de l’évasion, permettre de sortir de son quotidien, de découvrir des regards alternatifs sur le monde qui nous entoure et renouer avec des émotions, de la contemplation. Il est souvent fait mention de la détresse des étudiants, des personnes isolées ou au décrochage de seniors. Refaire l’expérience d’une visite ou d’une rencontre avec les œuvres pourrait être très précieuse et bénéfique.

Au-delà de cet aspect social et de l’envie de remplir notre mission de service public, il y a la déception de voir des projets qui représentent trois ans de travail, fermés et inaccessibles. Toutefois, la situation nous a obligés à repenser et renforcer le sens de ce que l’on fait, de notre engagement à l’égard des artistes et des publics et à être inventifs sur nos contenus en ligne pour partager encore et encore.

Comment voyez-vous l’avenir des musées ? Les gens seront-ils plus réticents après tous ces événements liés à la crise sanitaire ?

Je suis optimiste quant à l’avenir des musées. Dans les jours et semaines qui ont suivi les attentats en 2016 à Nice, une foule recueillie s’est pressée au musée. Nous avons ressenti très fortement à ce moment-là un besoin de notre public de se reconnecter à la culture, à une histoire, à partager l’univers des artistes et à trouver des formes de réflexion qui sortent de l’actualité. Je crois donc fondamentalement que cette crise sanitaire révélera une nécessité plus grande que jamais d’échanges, de sens, de contribution partagée avec nos publics et ceux à construire.

Dès la réouverture, nous allons poursuivre et renforcer l’accompagnement sur le cœur des missions : conserver, déployer de nouveaux regards et mettre en lumière par les expositions, transmettre. Car au-delà des musées, ce sont tous les indépendants de l’écosystème artistique qu’il convient d’accompagner en cette période.

Christian Estrosi a évoqué la date du 15 septembre comme la réouverture irrévocable des lieux dédiés à la culture, quelle a été votre réaction à cette annonce ?

Cette échéance donne un nouvel horizon aux acteurs culturels. Le fait d’avoir enfin une date pour objectif nous permet de prévoir, anticiper, et surtout travailler. Le monde de la culture ne peut pas attendre indéfiniment, cette échéance permet de relancer la création.

La Ville de Nice travaille actuellement avec l’Agence métropolitaine de sécurité sanitaire, mais aussi des cabinets spécialisés, juristes, constitutionnalistes afin de définir un protocole sanitaire strict et efficace qui fera des lieux culturels des endroits où le virus circulera moins que dans tout autre lieu de la vie quotidienne. D’ici là nous nous tenons prêts à ouvrir et accueillir dès que les autorités sanitaires et le gouvernement en auront donné la possibilité.

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Jane Doe

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