Municipales 2020 à Nice : Eric Ciotti abandonne la partie

Par une longue déclaration sur son compte facebook ( lire ci-dessous) , Eric Ciotti a communiqué sa décision de ne pas se porter candidat à la mairie de Nice. Elle était dans l'air après l'élection de Christian Jacob à la présidence de Les Républicains : comment imaginer de reconstruire un parti en grave difficulté en permettant une lutte fratricide dans la 5è ville de France ? La publication d'un sondage qui donnait le maire sortant Christian Estrosi en tête au premier tour ( 39 % d'intentions de vote pour lui, 2% pour Eric Ciotti ) et élu dans tous les cas de figure, a donné le coup de semonce à une candidature amorcée mais destinée à un insuccès cuisant. Pourtant on ne peut pas dire que le député niçois ne s'était pas donné du mal pendant plus de deux ans pour donner du corps à sa candidature en labourant le terrain ( conférences, inaugurations, visite aux associations etc) , en prenant la présidence départementale du parti , en critiquant tout azimut son rival. Malheureusement pour lui, entre-temps à niveau national son image a été ternie par son soutien "aveugle" ( remember Trocadero) à François Fillon pour la présidentielle 2017 qui s'est révélé un fiasco, son alliance avec Laurent Wauquiez , d'abord en support aux gilets jaunes ( remember la photo avec un groupe de ces insurgés ? pour un homme qui prône l'autorité ...) , enfin durant la catastrophique campagne pour les élections européennes qui a mis en exergue sa propension pour la radicalisation des positions, et mis en doute sa capacité de faire les bons choix de ligne politique ( droite-droite) et des personnes ( la tête de liste François-Xavier Bellamy). Puis, lui a manqué le coup du ko : ayant tenté -d'une manière ou de l'autre- de créer les conditions pour évincer de LR Christian Estrosi , -accusé d'être la cinquième colonne du "macronisme"- , sans y réussir , il a du subir l'effet boomerang d'une action d'attaque manquée : le mur de gomme du maire de Nice a été plus résistant de la puissance de feu de son attaquant ! Bref, ce désistement est la conclusion qu'imposent les faits : il valait mieux de se retirer en bon ordre, tourner la page et attendre une meilleure occasion pour faire valoir ses ambitions. La morale ? n'avait-il pas raison messire Niccolo' Machiavel quand il écrivait : "Les hommes font cette erreur : ne sachant pas comment mettre des délais à leurs espérances, se fondant sur celles-ci sans en prendre la mesure , se ruinent."*

Chères Niçoises, chers Niçois,

C’est avec émotion que je m’adresse à vous à quelques mois des élections municipales pour vous livrer ma décision. Je sais qu’elle est attendue.

Depuis plusieurs années, et plus particulièrement depuis 2017, un débat a émergé entre Christian Estrosi et moi, un débat de fond au sens noble du terme. Un débat politique mais aussi un débat sur nos visions respectives et quelquefois divergentes de la gestion et de l’avenir de Nice.

En toutes circonstances, j’ai dit, de façon franche et sincère, ma vérité pour préserver et renforcer notre ville.

Au travers de ces divergences affirmées sur des sujets importants, fiscalité, urbanisme commercial, sécurité, s’est naturellement posée la question de ma candidature aux élections municipales de Nice.

Dans cette hypothèse plusieurs enquêtes d’opinion depuis le mois de mars dernier ont installé un match, à l’issue incertaine, entre Christian Estrosi et moi, laissant très loin derrière tous les autres candidats potentiels.

J’ai décidé aujourd’hui de répondre à la question de ma candidature en toute franchise, en m’appuyant sur les repères qui ont toujours balisé mon engagement politique.

Le premier repère, c’est d’abord ma volonté qui ne faiblira jamais de servir Nice. Nice qui m’a tant donné. Nice à laquelle je veux rendre au centuple ce qu’elle m’a apporté. Nice qui m’a vu naître, dont j’aime les racines, les couleurs, les senteurs, la lumière, les fêtes et les traditions populaires.

Le second repère, c’est ma fidélité aux électeurs qui m’ont confié ce magnifique mandat de député il y a douze ans. Ce mandat, je l’exerce à Nice en toute humilité et en proximité car j’ai toujours veillé à rester, d’abord, un Niçois parmi les Niçois.

Ce mandat je l’exerce de façon assidue en dignité et responsabilité à l’Assemblée nationale. Comme député j’ai mené des combats importants et obtenu des résultats substantiels contre l’absentéisme scolaire, pour l’installation du drapeau tricolore à l’école, pour la sécurité, contre l’immigration de masse…

Je mets en particulier mon énergie à combattre le terrorisme islamiste et l’islam politique qui menacent notre civilisation. Je me suis aussi attelé à défendre notre culture, notre identité, notre civilisation.

Je viens récemment d’être élu, à l’unanimité, président de la commission d’enquête parlementaire sur l’attentat islamiste de la Préfecture de Police de Paris. Je mesure le poids de cette mission.

Dans ce contexte si particulier, le devoir de continuer mon travail parlementaire et le respect du contrat moral conclu à trois reprises avec les niçois depuis 2007 constituent un facteur essentiel dans ma décision.

Le troisième repère, c’est mon attachement aux valeurs et aux idées que je défends et que les niçois ont soutenu en m’accordant leur confiance dans la 1re circonscription de Nice. Je crois à la liberté de l’individu face à la bureaucratie qui étouffe et à la fiscalité qui asphyxie.

Je crois en l’Autorité de la République qui protège le faible du fort. Je crois au travail et au mérite qui autorisent chacun à construire un avenir meilleur.

Je crois à la force de notre histoire multimillénaire loin de la repentance et la stigmatisation permanente. J’aime profondément mon pays et je veux que la France reste la France.

Enfin, le quatrième repère, c’est la loyauté à ma famille politique. Je suis un homme de droite et je le revendique. Les Républicains viennent d’élire un nouveau président, Christian Jacob. Je lui fais confiance et je veux l’aider dans sa mission pour reconstruire notre mouvement.

Au moment où la Droite républicaine traverse une période difficile je veux porter un message d’unité et de rassemblement. En tant que militant ou élu, j’ai trop souvent été le témoin du poison mortifère de la division et des guerres de famille qui ont fait tant de mal à notre mouvement, pour ne pas privilégier cet indispensable rassemblement.

C’est, dans cet esprit, que j’ai évoqué la situation politique niçoise avec le président Nicolas Sarkozy ; puis que j’ai rencontré Christian Estrosi avec Christian Jacob et le président de l’Association des Maires de France, mon ami François Baroin.

J’ai pris acte de l’engagement renouvelé de Christian Estrosi au sein de notre famille politique.

Mais au-delà de ces repères, ma décision repose d’abord sur votre appréciation et votre volonté.

Je sais que certains d’entre vous souhaitent que ce débat soit tranché par les électeurs. Mais je sais aussi que d’autres, sans doute plus nombreux, aspirent à l’apaisement.

Je constate également que les débats que j’ai suscités loin d’être stériles ont permis de faire avancer les choses dans notre ville :

- La fiscalité trop lourdement alourdie en 2017 retournera presque à son niveau initial à Nice à la fin de l’année 2020, même si ce sera, hélas, loin d’être le cas pour les autres communes de la Métropole.
- L’urbanisme commercial débridé qui me semble incompatible avec la survie de nos petits commerces de centre-ville a vu son extension refluer.
- L’aménagement de la Plaine du Var devrait voir une orientation plus environnementale

J’ai la faiblesse de croire qu’avec tous ceux qui ont partagé ces combats avec moi, nous ne sommes pas étrangers à ces résultats. Je constate aussi que beaucoup de niçois apprécient les réalisations effectuées par le Maire de Nice. L’heure du choix est désormais venue. Je vous ai entendu.

En homme libre et responsable : j’ai décidé de ne pas être candidat aux élections municipales à Nice.

Je mesure la déception des uns qui me soutiennent avec force, énergie et fidélité. Je reçois la satisfaction ou le soulagement des autres déchirés par un combat fratricide. À tous, je redis mon engagement. Faire la paix nécessite sans doute plus de courage que de livrer la guerre.

Je refuse le risque de conflit et de division que ma candidature ferait peser sur notre ville. Je fais ce choix pour ne pas menacer l’indispensable concorde niçoise.

Je veux à présent consolider le travail que j’ai engagé depuis douze ans pour faire progresser notre ville et poursuivre ma mission au service de Nice et des Alpes-Maritimes. Dès maintenant, je prends l’engagement de conduire la bataille de nos idées pour que notre majorité reste forte au Département des Alpes-Maritimes aux côtés du président Charles Ange Ginésy.

Avec l’équipe qui nous a accompagnés pendant près de dix ans, nous avons bien géré l’argent des Azuréens. C’est ce qui nous a permis de baisser les impôts, la dette, les dépenses publiques et d’augmenter le pouvoir d’achat des Azuréens.

Nous allons poursuivre et même amplifier cette politique.

Je veux continuer à servir Nice et les Alpes-Maritimes, je veux continuer à vous servir. Et je dis à tous mes amis, militants, élus, mais aussi à tous ceux qui partagent mes idées, que plus que jamais je serai à leurs côtés pour les défendre.

* texte original : Gli uomini fanno questo errore che non sanno porre termini alle speranze loro ; ed in su quelle fondandosi senza misurarsi altrimenti, rovinano.

Discours (1513-1519) , livre II, chapitre XXVII

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