Géopolitique : L’agression contre l’Ukraine aide Moscou à s’affirmer comme un empire

Une question de vie ou de mort. Sans empire, la Russie n’a pas de raison d’être.

L’histoire, la géographie et la conscience de soi lui interdisent de tomber dans un État national, chose pour les Européens définitivement étourdis par les Américains.

Depuis le 2 octobre 1552, Ivan le Terrible a conquis le khanat de Kazan et a incorporé à ses domaines ces terres de tonalité islamique et d’empreinte mongole, étrangères au christianisme orthodoxe et aux racines slaves-varègues de la Rus originelle , le destin multiethnique de l’empire tsariste puis de son remodelage soviétique est marquée.

La Fédération de Russie est une souche sanglante. Fille dégénérée de la défaite subie en 1991 sans combat, via le suicide de l’URSS. Catastrophe aggravée en 2014 par la fuite de l’Ukraine, patrie consubstantielle à la Russie, vers l’Ouest. Ainsi pense Poutine. Avec lui beaucoup de Russes.

Pour ne pas rester dans l’histoire comme le tsar qui a définitivement perdu l’empire, le président russe a mené une guerre qui doit le ramener au contrôle de l’Ukraine née en octobre directement ou par l’intermédiaire de proconsulaires. Le butin idéal, à atteindre pas trop progressivement, sera symbolique et stratégique. Kiev, le berceau de la Rus’, est le prix symbolique.

Le contrôle via Odessa de la vue sur la mer Noire et la reconnexion de la Crimée au Donbass sont l’objectif stratégique, exprimé dans le projet Nouvelle Russie (Novorossija) centré sur Odessa. Fermer l’isthme de l’Europe à l’Atlantique. Maintenant ou jamais.

Profitant de la crise américaine et des divisions entre Européens, Poutine veut ramener tous les Russes - tels sont les Ukrainiens pour lui - chez eux, dans le "monde russe" aux frontières indéterminées. Réservé à ceux qui parlent, pensent, agissent russe.

Pax Russica. Rien à voir avec la reconstitution de l’Union soviétique, une déviation judéo-communiste du mandat impérial. Péché capital à racheter. Redonner à la Russie sa place et sa mission dans le monde, en tant que grande puissance capable de regarder les États-Unis et la Chine dans les yeux.

La folie des grandeurs ? Bien sûr. Mais une grande puissance vise précisément la gloire, nom social de tout empire. Et elle en fait, à sa manière, le cœur de la pédagogie nationale.

Poutine sait qu’il joue sur tout, y compris sa peau. Reste à savoir combien de compatriotes voudront le suivre. Et jusqu’à quand ...

par Garibaldino

Partager

Laisser un commentaire