Les dix dossiers clés des élections européennes : 1. Zone euro : des réparations encore précaires

En 2010, la crise avait fait apparaître les malfaçons de la monnaie unique : la zone ne surveillait ni les dettes privées ni les déficits extérieurs qui s’ac­cumulaient dans certains de ses membres. Pourtant, les Etats ont dû venir au secours des banques qui s’effondraient à cause de dettes privées irrécouvrables. La zone ne disposait pas non plus d’outils pour aider des pays en crise budgétaire. Avec pour conséquence une contagion de la défiance qui faillit emporter l’euro.

Nouveaux outils. Depuis, son architecture a été modifiée pour corriger plusieurs de ces défauts. Avec, d’abord, le Mécanisme européen de stabilité (MES), créé en 2012 et doté potentiellement de 700 milliards d’euros pour venir en aide aux pays en difficulté, à condition qu’ils acceptent d’être mis sous tutelle. Le MES ne peut intervenir que tardivement cependant, lorsque la situation est déjà dégradée. Et les conditions imposées au pays aidé ne font l’objet d’aucun contrôle du Parlement européen. Parallèlement, une union bancaire a été lancée en 2012 pour éviter le cercle vicieux entre difficultés des banques et des Etats qui avait failli emporter l’euro. C’est désormais la Banque centrale européenne (BCE) qui s’assure que les plus grandes banques ne prennent pas de risques excessifs. Et si un problème intervient quand même, les dirigeants européens décideront ce qu’il convient de faire.

Un fonds européen a aussi été créé, financé par les banques, pour les renflouer sans que les contribuables soient mis à contribution. Mais il reste insuffisant pour une crise sérieuse et le mécanisme de décision, complexe, n’a pas encore été mis à l’épreuve. Enfin, la BCE a acheté massivement des titres de dettes publiques et privées pour faire baisser les taux d’intérêt auxquels entreprises et Etats se financent. Ce qui a injecté des milliers de milliards d’euros dans la zone. Le total des titres détenus par la BCE représente 40 % du produit intérieur brut (PIB) de la zone euro, dont 25 % du PIB en titres de dette publique. Ce qui signifie que cette dette a été mutualisée sans le dire.

Carences. La zone euro a été sauvée, mais elle n’est pas tirée d’affaire. La politique de la BCE a en effet enrichi banquiers et spéculateurs et poussé les prix des actifs (actions, immobilier) vers le haut, accroissant la fortune des plus riches. Tandis que les politiques budgétaires restrictives toujours en place, orientées vers une baisse des dépenses publiques, et les politiques du marché du travail fondées sur la flexibilisation de l’emploi et la baisse du coût du travail dégradent les conditions de vie des couches moyennes et populaires.

Guillaume Duval, Alternatives économiques

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