Marouane Bouloudhnine, Président de Mosaïc : "Le minaret est un problème suisse et pas un problème français"

Dr Marouane Bouloudhnine

Sollicité par notre éditorialiste, Marouane Bouloudhnine, Conseiller Municipal niçois au sein de la majorité et Président de la nouvelle Fédération laïque des citoyens de sensibilité musulmane (http://www.nice-premium.com/article/l-edito-du-psy-mosaic-et-les-musulmans-de-nice-lancent-le-debat-sur-l-identite-nationale-.5067.html)donne son sentiment sur la récente votation suisse destinée à interdire les minarets sur le territoire helvète. Tout en "distinguant la question des minarets de celle des mosquées", de même que la place réservée à l’Islam dans les deux pays, il évoque le débat sur l’identité nationale en France, souhaitant que celui-ci "ne se fasse pas sans la participation des 6 millions de citoyens musulmans". Il rappelle les engagements de Mosaïc fondés sur le "mieux vivre ensemble".

Nice-Premium : Que pensez-vous de la votation suisse sur l’interdiction des minarets et comment interprétez-vous ses résultats ?

Marouane Bouloudhnine : "Charbonnier est maitre chez lui mais il y a des limites à ne pas dépasser. Il faut d’abord préciser qu’il s’agit d’une procédure particulière à un pays souverain, dont la richesse s’est grandement accommodée de l’origine douteuse de fonds venus de l’étranger... Il semble ne pas s’agir uniquement d’une question d’urbanisme, mais bien de discrimination basée sur l’appartenance religieuse. Le sujet nous amène à réfléchir sur les causes de la stigmatisation des musulmans en Suisse. L’opinion des Suisses doit être entendue, analysée, et quelques conséquences doivent en être tirées même si, encore une fois, je suis en désaccord avec elle. Les autorités de toutes religions, mais aussi les pouvoirs publics et les journalistes ont ils failli dans ce pays à leur mission de dialogue, de lutte contre les préjugés et de construction d’un « mieux vivre ensemble ». L’incompréhension qui découle presque toujours de l’ignorance a toujours été à l’origine de certains maux de l’histoire.
Nous ne sommes pas ici dans le choc des civilisations, mais plutôt dans le choc des ignorances. Ceci nous conforte dans notre idée qu’il faut cesser de rester silencieux mais au contraire communiquer sur qui sont les citoyens de sensibilité musulmane, comme MOSAÏC s’attache à le faire. Pour être honnête, la Suisse devrait demander aux ressortissants de seconde zone, que semblent représenter les musulmans à ses yeux, de retirer tous leurs avoirs des banques suisses. Cela étant dit, l’interdiction n’empêche pas la construction des mosquées. Rappelons d’ailleurs que le minaret n’est pas non plus un élément indispensable à une mosquée.

Nice-Premium : Avez-vous noté d’éventuelles réactions au sein de la Communauté musulmane niçoise, voire au sein du Mouvement "Mosaïc" que vous présidez ?

Marouane Bouloudhnine : De la peine, de la consternation, de l’incompréhension et un sentiment blessant de rejet, en même temps qu’une formidable envie de se faire connaître pour ce qu’ils sont vraiment, c’est-à-dire des forces vives de notre société. Certains ont l’impression que l’on veut bien d’eux à condition qu’ils se renient, et cela est humainement inacceptable. Un fragment important de la réalité et de l’histoire se voit totalement ignoré par certains, c’est que les musulmans font partie de l’Europe ! Si une minorité présente un comportement peu compatible avec la vie en société, il est regrettable que l’écrasante majorité des musulmans aient à en pâtir. C’est comme si l’on rejetait les horreurs de la guerre fratricide à Belfast sur tous les chrétiens ! Pour Mosaïc, il est essentiel de parler « vivre ensemble » plutôt que conflit.

Nice-Premium : Le sujet semble s’exporter en France, en plein débat sur l’identité nationale : quelle signification cela peut-il avoir ?

Marouane Bouloudhnine : Le débat sur l’Identité Nationale concerne aussi cette composante musulmane de la France. Les choses ne se feront plus sans la participation de ces 6 millions de citoyens. En France, il n’y a pas les musulmans d’un côté et les autres de l’autre ; il y n’a qu’une seule communauté. C’est ainsi que le pose l’article 1 de notre constitution. Il y aura toujours des esprits mesquins pour rebondir sur la moindre « affaire », mais ils ne tromperont plus les gens sincères et épris de sentiments républicains. Et puis, c’est la construction de minarets en Suisse qui est interdite, pas la construction de mosquées en France ni l’exercice du culte musulman.

Nice-Premium : A quelques mois d’échéances régionales, cela peut-il avoir une portée sur les résultats, et notamment ceux du Front National en région PACA ?

Marouane Bouloudhnine : Le minaret est un problème suisse et pas un problème français. La Fédération MOSAÏC est apolitique et ne souhaite en aucun cas prendre part aux joutes électorales. Concernant la probable récupération politique, nous connaissons les recettes qui ont marché par le passé, et notamment avant la seconde guerre mondiale. Faisons en sorte qu’elles ne marchent plus. C’est dans l’adversité que l’on reconnait les valeurs d’un grand Pays comme le nôtre. Pour construire le Mieux Vivre Ensemble, qui est notre but à tous, Mosaïc pense que le débat devrait plutôt s’orienter vers le socle démocratique de notre pays, sa devise de liberté, égalité, et fraternité, et non la stigmatisation de certaines religions.

Nice-Premium : Au sein de la Majorité municipale à laquelle vous appartenez, le thème fait-il l’objet de réflexions ?

Marouane Bouloudhnine : J’interviens dans cette discussion en tant que Président de la Fédération MOSAIC et ne souhaite en aucune circonstance mélanger les fonctions.

Nice-premium : La Fédération laïque des citoyens de sensibilité musulmane entend-elle prendre des initiatives concrètes dans ce débat ?

Marouane Bouloudhnine : Les questions de culte proprement dit, comme la construction des mosquées, relèvent du Conseil Français du Culte Musulman, organe institutionnel respectable, complémentaire du rôle non religieux et culturel qui est le cadre de Mosaïc. La seule initiative concrète est de travailler sans relâche à la construction de notre avenir commun, dans un pays que nous aimons tous et qui est le nôtre, que l’on y soit depuis quelques années ou depuis 50 générations. Ce qui nous rapproche est plus important que ce qui nous divise, et MOSAÏC s’attachera à le faire comprendre grâce à des actions de dialogue interculturel notamment.

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