Migrations (3) : Plus d’un millions de demandeurs en Allemagne

Ils ont rejoint les Turcs qui représentent à eux seuls 20 % des étrangers installés. Si l’Allemagne, jusqu’en 2015, avait une politique d’immigration plus restrictive que la France en matière de regroupement familial notamment, elle est le pays d’Europe au sein duquel l’on retrouve le plus grand nombre d’étrangers, plus de 7 millions venant dans anciens pays de l’Est en particulier. C’est par ce qui était espéré au regard du marché du travail et des besoins exprimés par les employeurs qu’elle est le pays qui a accueilli le plus grand nombre de réfugiés venant de Syrie[3], dès lors que la Chancelière, Angela Merkel a annoncé l’ouverture des frontière. Choix auquel s’est substituée depuis peu une politique de fermeture qui explique l’errance à travers l’Europe de déboutés rejetés d’Allemagne ou de Suède.

À l’inverse, les pays de l’Est demeurent pour l’essentiel des pays de transit, tout en continuant à être pourvoyeurs d’immigration. C’est le cas d’un pays comme la Pologne, pays d’immigration et d’émigration. Alors que de nombreux Polonais partent encore vers des ailleurs qu’ils espèrent meilleurs, leur absence est compensée par l’arrivée d’Ukrainiens ou d’autres Européens qui pourvoient aux besoins de main d’œuvre[4]. L’Europe maintient ainsi en son sein des échanges migratoires.

Les pays de la rive nord de la Méditerranée comme l’Espagne, la Grèce et l’Italie sont devenus des pays d’immigration, tout en demeurant pour une partie de leur jeunesse, en particulier diplômée, des pays de départs vers d’autres pays européens ou d’Amérique du Nord. Une jeunesse qui fait le même calcul que les migrants venant de plus au Sud.

L’Italie est actuellement le pays qui souligne à l’extrême les difficultés européennes, car ceux qui y arrivent par la voie maritime n’appartiennent pas majoritairement aux nationalités qui bénéficient d’un taux de protection élevé. C’est le cas des Tunisiens, en tête des nationalités arrivant sur les côtes italiennes avec souvent la volonté de rejoindre la France. Comme c’est le cas aussi de migrants installés de longue date voulant fuir le climat politique de Rome. Cela est facilité par le fait que le cadre juridique européen n’empêche en rien un titulaire d’un titre de séjour dans un pays de l’Union de déposer une demande d’asile dans un autre. En Italie, par ordre d’importance, les Maghrébins sont suivis par les ressortissants de l’Afrique de l’Ouest et de l’Est[5].

Autre exemple, l’Espagne, première route d’accès vers l’Europe en 2018 devant la Grèce avant que celle-ci ne le redevienne depuis le 1er janvier 2019 du fait en particulier de l’arrivée de Turcs fuyant la politique en cours ou d’Afghans voulant quitter l’Iran du fait de la crise économique et ne pouvant demeurer en Turquie qui a une politique particulièrement ferme en terme de retour vers l’Afghanistan[6]. Sur les 55 000 migrants qui ont, en 2018, traversé le détroit de Gibraltar, 10 000 étaient Marocains, suivis, comme en Italie, par les Africains de l’Ouest, en particulier Guinéens, là encore dans la perspective de rejoindre la France.

Malte est aussi devenue un point de focalisation. On ne peut comprendre la volonté de fermeture de ce petit pays, si l’on n’a pas en tête quelques données. L’île de Malte du fait de sa position géographique est le lieu de débarquement le plus court de ceux quittant les côtes de Tunisie ou de Lybie. Il en résulte que ce pays a un fort ratio de réfugiés et personnes protégées par habitants : 19 pour 1000 habitants, pour un total de 8 500 personnes, essentiellement Syriens, Libyens et Somaliens. De plus Malte est confrontée à la présence de nombreuses personnes qui ne relèvent pas d’un besoin de protection et qui stagnent dans des centres de rétention, le pays n’ayant pas les moyens d’une politique de reconduite de ces personnes vers les pays d’origine, c’est-à-dire essentiellement du Maghreb et de l’Ouest africain. Tout l’enjeu pour que Malte accepte d’être le port sûr de débarquement des migrants voulant traverser la Méditerranée est que se mette en place un accord automatique de répartition des arrivants qui ne laisse pas sur l’île ceux qui ne relèvent pas de l’asile.

[3] En 2015, l’Allemagne a enregistré 162 510 demandeurs d’asile syriens, 268 866 en 2016, 50 422 en 2017, moins de 40 000 en 2018.

[4] En dehors d’autres ressortissants de pays européens, la Pologne n’a accordé depuis 2015 des titres de séjour qu’à 7 200 Turcs, 3 000 Pakistanais et à autant d’Egyptiens et d’Irakiens.

[5] Ont débarqué en Italie en 2018, 16 833 hommes (72 %), 2 259 femmes (9,6%) et 4278 mineurs (20,4%). Outre les 5 244 Tunisiens, les principales nationalités sont les Erythréens 3320, les Irakiens 1744, les Soudanais 1619, les Nigérians 1589, les Algériens 1250, les Ivoiriens 1213, les Maliens 1064, Guinéens 876, Sénégalais 810…

[6] A titre de comparaison, ne sont arrivées en Grèce dans la même période « que » 43 000 personnes. A titre de comparaison, en 2017, 21 663 personnes étaient arrivées en Espagne, 29 596 en Grèce et 119 310 en Italie.

Ndlr : On appelle taux de protection le pourcentage de personnes obtenant une protection internationale par rapport à l’ensemble des demandes exprimées.

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