Rudy Salles et Robert Injey parlent de l’immigration

Nice Première : Que pensez-vous de la déclaration de Nicolas Sarkozy : "Si certains n’aiment pas la France qu’ils la quittent" ?

Robert Injey

Robert Injey : Avec cette déclaration Nicolas Sarkozy ne fait que reprendre une thématique du FN. Il cherche à jouer sur les réflexes les plus xénophobes pour évacuer la vrai question : celle du choix de société dans laquelle nous voulons vivre.

Rudy Salles : Je pense qu’il faut faire attention aux mots que l’on emploie. Bien entendu, quand on habite en France il faut l’aimer et la respecter. Et ceci s’applique à tout le monde, y compris à nous Français. Cette mise en garde n’est qu’une déclaration d’intention de plus qui ne tend pas à régler le problème. Pour cela il vaut mieux voter des lois qui permettent réellement de sanctionner les atteintes portées à notre pays. C’est ce que j’ai fait en proposant dans la loi sur la sécurité intérieure, un amendement sanctionnant les insultes à la Marseillaise et au Drapeau tricolore. Depuis lors, les atteintes à ces symboles de la République ont quasiment disparu.

NP : Quelle place le thème de l’immigration devrait-il avoir lors des présidentielles 2007 ? Est-il un enjeu majeur ? Si oui, en quoi l’est-il ?

RI : Après la victoire du NON au référendum, après la victoire contre le CPE c’est pas sur la question sociale que la droite va convaincre. Son choix de société c’est celui de la précarité et de l’exclusion pour le plus grand nombre et les profits record pour une petite minorité. Electoralement peu porteur, la droite après avoir joué sur la carte de l’insécurité en 2002 veut s’appuyer pour 2007 sur la peur de l’étranger.

RD : Je ne souhaite pas que ce thème soit le thème central des présidentielles de 2007 car il y a bien des sujets comme l’emploi, le logement, l’environnement, la politique énergétique, etc qui doivent nous mobiliser. Bien sûr le thème de l’immigration doit en faire partie et les candidats doivent pouvoir faire des propositions concrètes qui ne soient pas démagogiques. Car sinon nous aurons une caricature de débat dans lequel ceux qui crient le plus fort seront plus entendus que les autres mais cela ne voudra pas dire pour autant qu’ils auront raison. Je souhaiterais que l’on ne parle pas simplement de l’immigration et de l’intégration qui sont les conséquences, mais que l’on aborde un sujet très important comme la coopération qui consiste à permettre aux candidats à l’émigration de pouvoir vivre chez eux. Et pour cela il faut aider à la démocratisation de ces pays, à la lutte contre les pandémies, à l’éradication de la corruption, etc...Si ce travail n’est pas fait, on pourra voter les lois que l’on voudra sur l’immigration, elles resteront lettre morte car la pression migratoire sera trop forte.

NP : Quels sont vos espoirs au sujet du projet de loi sur l’immigration ?

RI : Version Sarkozy : aucun. Par contre, et la gauche n’a pas su le faire il y a besoin d’une grande réforme institutionnelle visant à donner le droit de vote pour les résidents étrangers.

Rudy Salles

RD : Que cette loi soit adaptée à la réalité du terrain et donc qu’elle puisse s’appliquer. Il y a malheureusement trop de lois en France qui sont votées à des fins de communication mais qui ensuite ne sont pas applicables. Il serait souhaitable également que l’on ne fasse pas de l’immigration un sujet d’affrontement entre les Français. L’immigration est un grand problème qui nécessite de la cohésion nationale ainsi qu’une vision à long terme. Si une loi divise l’opinion publique, alors elle a du mal à résister à une alternance politique. Et l’incertitude juridique ainsi créée favorise l’immigration clandestine.

NP : La semaine dernière, le comité interministériel à l’intégration a décidé de conditionner l’octroi de toute carte de résident à un niveau correct de français. Qu’en pensez-vous ?

RI : Il aurait été plus ambitieux de mettre en place des structures permettant aux résidents étrangers d’acquérir la maîtrise de la langue française. Aujourd’hui cette mission, pour l’essentiel, est le fait d’associations d’éducation populaire.

RD : C’est une très bonne chose. Pour pouvoir s’intégrer dans un pays, il faut pouvoir en parler la langue, en comprendre la culture, les coutumes, le fonctionnement de ses institutions. Il y a longtemps qu’une telle mesure aurait du être prise. De la même façon une mesure vient d’être adoptée que je proposais depuis de nombreuses années : que la nationalité Française soit accordée à l’occasion d’une cérémonie officielle. C’est important pour celui qui vient d’acquérir sa naturalisation car il mesure ainsi l’importance de son changement d’Etat Civil. C’est une façon solennelle d’entrer dans la communauté Française qui me plait. C’est mieux que de recevoir un certificat de nationalité dans sa boite aux lettres entre une facture EDF et une publicité de Monoprix !

NP : Quelle est votre sentiment concernant la discrimination positive ?

RI : Elle comporte le risque de favoriser les communautarismes.

RD : Elle peut avoir du bon. Il faut permettre à des personnes représentant les minorités visibles d’accéder à des postes de responsabilités pour permettre à ceux qui n’en ont pas encore d’espérer et de considérer que l’ascenseur social républicain peut marcher.

NP : Avez-vous lu le livre de Philippe de Villiers "Les mosquées de Roissy" ? Qu’en avez-vous pensé ?

RI : Non. Il y a plus utile à faire en ce moment. Comme par exemple se mobiliser contre le projet de Sarkozy d’une « immigration jetable ».

RD : Je ne l’ai pas lu mais j’en ai entendu parler dans la presse. Ce que j’en retiens c’est qu’il faut que toute la lumière soit faite sur cette affaire. Pour autant il faut savoir raison garder et ne pas tomber dans les amalgames faciles auxquels ces informations peuvent conduire. Les autorités de notre pays doivent enquêter et nous livrer les informations en toute clarté.

NP : Ne pensez-vous pas que l’immigration est bénéfique pour la France ?

RI : C’est une certitude. L’apport des différentes immigrations tout au long du XX siècle, par exemple, a été bénéfique pour l’ensemble de la société, à l’image de limmigration italienne puis nord africaine qui ont largement contribué à la reconstruction et au développement de la France après 1945.

RD : Nous savons bien que l’immigration zéro est un leurre. Nous avons besoin d’immigrés et c’est le cas de tous les pays occidentaux. Pour autant, il faut réussir l’intégration et maîtriser les flux. Il faut se montrer sévère pour lutter efficacement contre l’immigration clandestine qui est un fléau non seulement pour notre pays mais aussi pour les immigrés clandestins eux-mêmes qui sont dans les mains de quelques réseaux mafieux.

NP : Citez des adjectifs qui vous viennent en tête pour chacun des termes suivants :

Démocratie

RI : participative

RD : Le meilleur des régimes

Laïcité

RI : Tolérant

RD : Vivre ensemble en respectant les croyances de l’autre sans pour autant les partager.

Immigration

RI : discrimination

RD : Respect mutuel

Vote

RI : confiance

RD : Indispensable pour permettre l’expression de la démocratie

Changements

RI : permanents

RD : Inévitables. Le monde bouge, on ne peut l’ignorer.

Ouverture

RI : vitale

RD : Souhaitable. Aucun pays fermé sur lui-même ne rend son peuple heureux.

Entretiens réalisés par Barbara D.

Document complémentaire : Discours du ministre de l’Intérieur pour présenter sa loi : http://www.interieur.gouv.fr/rubriques/c/c1_le_ministre/c13_discours/2006_05_02_projet_loi_immigration

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