La réforme du système de soins sera démocratique ou ne sera pas

( ndlr) Au moment où la "Segur de la santé" annonce une reforme en profondeur du système sanitaire, il est intéressant d'enregistrer une voix "professionnelle" et "politique", à la fois. Elle permet d'exprimer deux sensibilités et expériences qui doivent être complémentaires : le souhaitable et le possible.

Si la crise du Coronavirus a mis en exergue l’extraordinaire capacité de réactivité, d’adaptation et de mobilisation des professionnels de santé de ville et dans les établissements de santé, elle a également placée sous le feu des projecteurs l’extrême fragilité d’un système de santé français à bout de souffle. Depuis des années l’édifice vacille dans l’indifférence coupable de nos responsables politiques plus préoccupés pas des résultats à court terme (celui des échéances électorales) qu’à une véritable politique de santé publique sur la durée. Depuis des années les médecins et les paramédicaux, entre désespoir et colère, tirent le signal d’alarme avec le sentiment de prêcher dans le désert. Il est aujourd’hui impossible de faire l’économie d’un débat de fond sur la prévention, la gouvernance des hôpitaux, l’accès aux soins, le rôle de la médecine de ville, la place des collectivités territoriales …

Ces chantiers ne peuvent se concevoir sans l’implication de l’ensemble des professionnels de santé, publics et libéraux, et des patients. Ces derniers sont désignés depuis quelques années sous le vocable « d’usagers ». Sans renter dans une discussion sémantique je trouve cette terminologie réductrice dans sa définition du dictionnaire, « personne qui a recours à un service ». Chaque citoyen doit trouver sa place, non pas comme simple consommateur, mais comme véritable acteur d’un système de soins à reconstruire. Il est dans l’air du temps de conjuguer la démocratie participative à tous les temps. Aujourd’hui engageons-nous sur le chemin d’une véritable démocratie sanitaire retrouvée et réinventée.

La démocratie sanitaire doit permettre au plus grand nombre de personnes de devenir acteur d’un projet de santé pour notre pays. La réflexion doit porter sur l’association du plus grand nombre à l’élaboration, la mise en œuvre et l’évaluation des politiques de santé, en particulier sur le plan local. Ces dernières semaines viennent de démontrer que la proximité dans la prise de décision, en complément des grandes décisions nationales, représente un gage d’efficience en période de crise majeure. Mon propos ne plaide pas pour la remise en cause des autorités en charge des dossiers, de la légitimité des élus ou du rôle des experts. Le défi réside dans l’implication active de citoyens informés, considérés, responsabilisés et ayant le sentiment de participer collectivement à une véritable politique globale de santé. La mise en chantier de la réforme de santé ne pourra se faire sans la confiance, et le retour de la confiance impose la transparence. L’adhésion des français à ce projet ne pourra se faire sans la participation collective dans son élaboration, sa mise en application et son évaluation.

La démocratie participative sanitaire ne saurait se satisfaire de commissions pour amuser la galerie ou de grandes messes technocratiques. Si la réactivité et l’efficacité des collectivités territoriales représentent un des enseignements majeurs de la crise sanitaire, tous les acteurs et les citoyens doivent être associés via une véritable démocratie sanitaire pour bâtir un nouveau système de santé.

Dr Hervé CAEL
Secrétaire général du Conseil régional de l’Ordre des médecins (Sud PACA)

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