Box-offfice : « Cuban Network », les derniers vestiges d’un monde perdu

Avec « Cuban Network » Olivier Assayas adapte le livre de Fernando Morais « Les
derniers soldats de la Guerre Froide ». A mi-chemin entre le film politique et le thriller, entre cinéma hollywoodien et petit budget, le réalisateur français offre un film riche sur une affaire méconnue de l’histoire.

Peu de films accessibles en France traitent de la Guerre Froide après les années 90. Par l’adaptation du livre « Os ultimos soldados de la Guerra Fria » de Fernando Morais, Olivier Assayas présente le dernier bastion de cet affrontement idéologique : Cuba. Pour cela, le réalisateur français pose sa caméra à Miami où en 1998, l’affaire des « Cuban Five » défraie la chronique.

Cinq officiers des renseignements cubains infiltrés sont arrêtés en Floride pour espionnage à l’égard de l’armée américaine ainsi que de citoyens américains suspectés de lutter contre Fidel Castro depuis les Etats-Unis. A Cuba, ces « cinq héros » sont célébrés pour avoir empêché de nombreux attentats qui auraient mis à mal la faible économie de l’île.

« Traîtres ou héros ? », c’est toute la question du film.

Pour incarner ces derniers soldats et leur famille, le réalisateur français s’est entouré d’un casting latino-américain cinq étoiles. Le vénézuélien Edgar Ramírez est le personnage principal de cette histoire, un pilote de l’armée cubaine quittant sa femme (la magnifique Penélope Cruz) et sa fille pour aller à Miami intégrer les rangs des anti-Castro. Il est accompagné dans sa tâche par le brésilien Wagner Moura (l’impitoyable Pablo Escobar de la série Narcos) qui tombe amoureux de la seule cubaine de la distribution, Ana de Armas (récemment vue dans A Couteaux tirés). Tous sont sous les ordres du toujours excellent mexicain Gael García Bernal, cerveau de « l’Opération Guêpe ».

Thriller politique

Cuban Network épouse différents genres de cinéma. En effet, le film oscille entre le
grand film politique et le thriller. Fable sur l’idéologie employée de chaque côté pour sauver le pays, l’engagement flou des américains dans cette histoire ou encore les images d’archives (dont une interview tragi-comique de Fidel Castro en personne) donnent une ampleur politique à ce thriller. Il s’agit bien là du genre prédominant de ce film. Le classique et efficace thriller en jouant sur les actes et les non-dits de chacun pour semer le trouble chez le spectateur.

Qui sont ces personnes ? Pourquoi agissent-elles de la sorte ? Pensent-elles ce qu’elles disent ? Autant de questions, parfois sans réponses, qui viennent alimenter chaque retournement de situation.

Les différents changements perturbent parfois le spectateur, perdu dans tous ces décors et avec de nouveaux personnages à peine présentés se rattachant à l’intrigue. Difficile également de s’attacher aux personnages, à l’exception de l’esseulée mère courage Penélope Cruz, tant on ignore leur véritable personnalité. Ne pas s’attacher est partie intégrante de l’histoire du
film et les personnages le rendent très bien au spectateur, qui doit lutter pour ne pas décrocher de cette intrigue à différentes échelles.

Olivier Assayas réalise ici un film bluffant à la mise en scène plus sobre et plus dynamique qu’à son habitude. Sans manichéisme ni critique mal àpropos, il tisse une toile déroutante sur un pan méconnu de l’affrontement Cuba/Etats-Unis. Une petite histoire dans la grande.

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