Box-office : Gloria Mundi de Robert Guédiguain

Gloria Mundi, ainsi passe la gloire du monde contemporain. Robert Guédiguian filme les mésaventures d’une famille au sein d’une société qu’il ne reconnaît plus. Il en dresse un portrait sombre où luttes fratricides, besoins pécuniaires et précarité de l’emploi donnent une vision désenchantée d’un monde courant à sa perte.

« Gloria Mundi » est le 21e film de Robert Guédiguian

« Cette époque n’est pas très gaie, c’est une époque de régression » estime Robert
Guédiguian. Le réalisateur nous plonge dans la noirceur de cette société libérale, tantôt arriviste, tantôt dépassée par les évènements. A la naissance de la petite Gloria, son grandpère (Gérard Meylan), tout juste sorti de 25 ans de prison, s’empresse de rejoindre toute la famille à Marseille pour rencontrer l’enfant et renouer des liens avec les autres. Tel l’idéal du réalisateur, il découvre un monde qui a bougé en son absence.

Des valeurs bafouées

Les vieux sont résignés. Les jeunes perdent pieds. Le travail n’a plus pour valeur que
l’argent et chacun se bat pour son bout de gras. Les grands conflits sociaux ne valent plus la peine de se battre pour. Lors d’une réunion autour d’un mouvement de grève forte en émotion, Ariane Ascaride (prix d’interprétation au Festival de Venise) refuse de s’y joindre et annonce la victoire finale des patrons, peu importe la durée du mouvement. Les emplois sont précaires. Le désespoir du besoin financier amène à l’agression, physique ou psychologique.

La génération « Macron » lie la réussite professionnelle à une belle vie et écrase ceux qui sont dans l’incapacité de s’élever socialement.

Cette folie s’étend au-delà du monde du travail, jusqu’aux sphères les plus intimes : la famille. Là est le point névralgique du cinéma de Robert Guédiguian. Thème sacré du réalisateur dont la quasi-totalité de la filmographie est composée d’un même noyau d’acteurs (Ascaride, Darroussin, Meylan) et d’équipe technique. Son constat est que la famille aujourd’hui n’a plus rien de sacré pour la jeune génération. Une demande d’aide financière sonne telle une injure faite des « nuls » aux « winners ».

Le couple formé par Grégoire Leprince-Ringuet et Lola Naymark filme ses ébats et le mari montre la vidéo à sa maîtresse, Mathilda, la sœur de sa femme, cordialement détestée par celle-ci. La vieille génération y accorde encore de l’importance mais ne possède pas les armes, et encore moins la force, pour lutter face au fléau
grandissant.

Seul reste Gérard Meylan, bouffée d’air pur de ce film. Son personnage n’est pas corrompu par cette société changeante. Sa simplicité et sa bonté présentent un point d’ancrage pour les autres protagonistes. Mais ce monde-là n’est pas fait pour un homme comme lui.

Tragédie moderne

Le désespoir et la colère des pauvres gens face aux difficultés financières les amènent à agir de façon inconséquente. Les personnages commettent l’adultère pour obtenir un emploi ou cèdent à la violence pour le retrouver. Ils s’enfoncent de plus en plus dans leurs travers, certains de trouver la lumière au bout du tunnel. Annoncé dès le début du film avec le « Requiem » de Verdi pour célébrer la naissance du nouveau-né, un destin funeste attend cette famille.

Le développement de l’histoire approche un peu plus chaque personnage de l’inéluctable. Au point de non-retour de la folie contemporaine. Là où Robert Guédiguian, avec patience et précision, entraîne les personnages dans un tourbillon d’émotions dont personne ne sortira indemne. La portée morale du film est antilibérale. Les bons sont aliénés ou mangés par ce
système. Le déchainement de leurs passions provoquent mort et sacrifice. Tragique.

Paul Guianvarc’h

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