Box-office : Judy, Renée Zellweger dans l’engrenage du show-business

Judy s’intéresse à la dernière tournée, à Londres, de la « fiancée de l’Amérique », bien loin du faste de ses jeunes années. Le film tisse le portrait d’une femme, magistralement interprétée par Renée Zellweger, détruite par le système hollywoodien.

« We’re not in Kansas anymore. » Cette célèbre phrase prononcée par Judy Garland
dans Le Magicien d’Oz (1939) s’applique parfaitement à la carrière de l’actrice dépeinte dans Judy. Réalisé par le britannique Rupert Goold, le film est un biopic classique. La réalisation et le scénario sont dans les standards hollywoodiens, simples, efficaces, sans prises de risques.

Seuls les passages sur scène de l’héroïne se démarquent du lot, probablement dus à la grande carrière de mise en scène de théâtre de son réalisateur. Mais le film entier repose sur l’interprétation ahurissante de Renée Zellweger.

L’actrice oscarisée pour Cold Mountain en 2004 incarne majestueusement une Judy Garland au bout du rouleau, menée par l’énergie du désespoir. Transcendée sur le devant de la scène, elle vit un calvaire en dehors. Ses mouvements d’épaules, les crispations de sa gorge, la façon dont elle se meut dans le décor sont autant d’éléments qui viennent hanter l’esprit d’un spectateur happé par cette performance physique. Sa reprise des grandes chansons de Judy Garland est spectaculaire, que ce soit le festif Trolley song ou le magnifique Somewhere over
the rainbow.

La méconnaissable interprète de Bridget Jones mérite amplement son Oscar de
la meilleure actrice.

Un système destructeur et vicieux

Judy Garland est une enfant star. Elle grandit sur les plateaux de tournage
hollywoodien et sa carrière est gérée par un des plus grands producteurs de l’histoire du cinéma : Louis B. Mayer. Sa carrière est gérée mais également sa vie. Judy présente, sans trop en faire, le contrôle excessif des studios sur la vie de la jeune Judy. Interdiction de manger pour ne pas prendre de poids, médicaments coupe-faim et autre rendez-vous organisés pour donner des potins à la presse sont son quotidien à la MGM au moment du tournage du Magicien d’Oz.

Elle outrepasse de temps à autre ses prérogatives mais, malgré ses velléités de
liberté, finit toujours par s’accommoder des conditions vicieuses du système par peur de perdre sa place de star du cinéma.
Ces passages servent à expliquer l’origine des troubles auxquels fait face Judy Garland sur sa fin de carrière. Elle est devenue accroc aux médicaments et à l’alcool.
Sans le sou et à bout de souffle, elle emmène ses enfants sur scène et d’un hôtel à l’autre jusqu’à ce qu’un projet à Londres lui soit proposé. Le cercle vicieux du système se perpétue. « Je dois quitter mes enfants pour gagner suffisamment d’argent pour pouvoir être avec mes enfants ? », s’indignet-elle.

Partie pour l’argent, son besoin le plus pressant ressurgit : sa recherche perpétuelle de l’amour du public. Obsédée par la scène et la célébrité, elle fait tout son possible pour être le centre de l’attention et s’attache à quiconque lui prête de l’intérêt. Jusqu’à ce que ses addictions prennent le dessus sur ses nerfs.

Le film présente la vie d’une femme détruite par un système. Celui-ci se révèle un véritable pacte avec le diable dont il est impossible de s’échapper. Effrayant.

Paul Guianvarc’h

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