Box-office : le best-off de Patrick Mottard

Nous voilà arrivés à la fin de cette sélection. Merci à Patrick Mottard pour s'être donne le mal de reprendre ces notes et félicitations pour sa mémoire ! Après les médailles de bronze et d'argent, l'heure est à l'attribution de la première place, médaille ( symbolique) d'or. Comme veut le protocole... the winner is :

1 - LES AILES DU DÉSIR (Wim Wenders, 1987, Allemagne)

Dans Berlin, non encore réunifié, deux anges invisibles, Damell et Cassiel, vont se mêler aux humains. Damiell tombe amoureux de Marion la trapéziste française. Peter Falk, qui fut un ange, va l’aider à devenir humain pour lui permettre de communiquer avec Marion.

Ce conte de fées moderne qui, au cours de l’histoire, passe du noir et blanc à la couleur m’a fasciné dès sa première vision au Festival de Cannes en 1987. Depuis, j’ai bien dû le revoir une dizaine de fois. L’histoire de cet ange Damiell qui troque l’éternité pour l’amour est si belle. Écoutons-le (dialogues de Peter Handke) : "C’est une merveille de vivre en esprit et d’attester, jour après jour, pour l’éternité, le spirituel, rien que le spirituel chez les gens. Mais parfois je suis las de mon éternelle existence d’esprit... j’aimerais avoir la fièvre, les doigts noircis par le journal, ne plus être exalté par l’esprit seul, mais enfin par un repas, par la courbe d’une nuque, par une oreille."

Paradoxalement, ce film poétique est un de ceux qui décrit le mieux l’ambiance politique et sociale de ce Berlin coupé en deux. Ce sentiment d’être cloué à une réalité géopolitique qui au final provoque dans votre âme, selon l’humeur, renoncement ou confort. Ce n’est pas autre chose que dit Marion : "Être là. Berlin. Ici, je suis une étrangère et pourtant tout est si familier. De toute façon je ne risque pas de me perdre, on arrive toujours au Mur."

L’interprétation est aussi pour beaucoup dans la réussite du film : Bruno Ganz est inoubliable, Peter Falk dans son propre rôle de rescapé de Colombo, Otto Sander et la lumineuse Solveig Dommartin, sont parfaits. Quand au rocker Nick Cave, sa musique planante prolonge, avec des accents hallucinogènes, les états d’âme de Marion notamment au cours de la célèbre séquence du concert dans... une cave.

C’est donc presque naturellement que j’ai fait de Damiell un des personnages de Sur un air de cithare. Dans sa première version, il fut joué avec talent par Bernard Gaignier qui depuis, probablement saisi par la grâce, enchaîne pèlerinage sur pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle. Des images du film ont également été projetées pendant un spectacle mis en scène par Fabienne Colson à partir de mes textes de Baie des Songes.

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