Box-office : "Un héros" du cinéaste iranien Asghar Farhadi 

Le metteur en scène de « Une séparation » signe son retour sur les écrans avec « Un héros », film magistral qui a été honoré par un Grand Prix du jury au dernier Festival de Cannes. Cette fiction confirme le talent d’un réalisateur qui observe les réalités de son pays avec un regard subtil et ambigu.

Le cinéaste retrouve l’Iran avec Un héros, un film où l’ambiguïté règne en maître et dont il convient de ne pas prendre le titre au pied de la lettre.

Le cinéaste y met en scène Rahim, un homme ordinaire croupissant en prison pour avoir contracté des dettes. Ce « héros » qui n’a rien d’héroïque entend profiter d’une permission pour rembourser une partie de la somme réclamée et échapper ainsi à son triste sort. Un sac rempli de pièces d’or opportunément « trouvé » par sa compagne lui permettra, pense-t-il, de parvenir à ses fins. Mais Rahim, avec son mystérieux sourire, préfère finalement déclarer à la police avoir retrouvé par hasard ledit sac et faire ainsi preuve de son honnêteté irréprochable.

Pari a priori gagnant : désormais considéré comme un détenu modèle par son établissement pénitentiaire qui entend médiatiser son cas, soutenu par une association caritative influente et devenu une quasi-star sur les réseaux sociaux, Rahim (incarné par un acteur exceptionnel : Amir Jadidi) semble promis à un destin favorable. Semble seulement…

Le mensonge, la manipulation, les arrangements avec la probité, les réputations interchangeables sur les réseaux sociaux…

Autour de ces thèmes universels qu’il inscrit dans le contexte de l’Iran d’aujourd’hui, Asghar Farhadi signe une fable morale incisive aussi inspirée dans son scénario d’une précision diabolique que dans sa mise en scène constamment inventive.

Asghar Farhadi, contrairement à ses compatriotes Mohammad Rasoulof et Jafar Panahi, n’attaque pas frontalement le régime en place et n’est pas victime de la censure. Ce qui ne l’empêche dans ses films, et en premier lieu dans Un héros, de mettre en scène certaines réalités douloureuses de son pays, notamment en ce qui concerne la « relativité » de la justice.

Ce refus du dogmatisme n’est pas l’ennemi du regard critique. Derrière ses allures de fiction morale, Un héros dresse un portrait sévère de l’Iran contemporain. Un Iran où, comme ailleurs, l’empire du numérique et des réseaux sociaux fait des ravages.

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