Interview : Aitor Arregi, coréalisateur de "Une vie secrète"

Le réalisateur espagnol Aitor Arregi était présent au Rialto pour présenter son nouveau long-métrage. Coréalisé avec Jon Garaño et Jose Mari Goenaga, Une vie secrète prend place dans l’Espagne post guerre civile (1936). Nous suivons la vie de Rosa et d'Higinio. Ce dernier est contraint de se cacher dans sa propre maison pour échapper au gouvernement franquiste. Le protagoniste est tiraillé entre l’amour et la peur des représailles. Le film sortira en France le 28 octobre prochain et une critique lui sera consacré sur le site à ce moment.

Comment décririez-vous votre film ?

Quand on a raconté cette histoire, nous savions que c’était un très bon récit pour le cinéma. Le film traite de la figure de la taupe, celui qui se cache. Elle était très présente dans l’imaginaire et la réalité des espagnols dans les années 1950. C’est aussi une figure qui procure du débat et un certain malaise. En prenant tous ces éléments en compte, nous avons pensé que c’était pertinent pour le grand écran. Cette histoire nous a permis d’aborder deux histoires universelles au-delà du seul récit de cette figure de la taupe. Ces deux thèmes sont en premier lieu la peur de changer de situation et la seconde l’amour au sein d’un couple, qui va traverser toute cette période.

Qu’est-ce qu’encourraient les taupes si elles sortaient durant la période franquiste ?

Les premières années qui suivent la fin de la guerre civile sont extrêmement dures et évidemment pour les taupes, être découvert signifiait la mort. Pour ceux qui vivaient en Andalousie, la topographie de cette région était encore plus défavorable à une fuite. Ça pouvait être différent au Pays basque. Toutefois, des taupes étaient à proximité de la France. Cette étincelle d’espoir était un signe à courir. On ne sait pas grand-chose sur le nombre de personnes à être sorti de leur cachette après l’amnistie. Aucun recensement n’a été fait mais on parle d’une fourchette de 200 ou 300 individus. Il y a un cas ou en dépit de l’amnistie, un homme est resté 8 ans de plus enfermé.


Vous jouez souvent avec la lumière et de sa présence. Quelle est son importance ?


En effet, une évolution sur le film au niveau de l’éclairage est perceptible. Le début du film correspond à une chasse à l’homme et de danger extrême. La deuxième partie relève plus du thriller et donc il fallait que la lumière corresponde à cette ambiance. Puis petit à petit, le métrage rentre dans une nouvelle étape narrative. L’histoire s’étale sur trente années. Il fallait faire évoluer l’éclairage avec le déroulé du scénario. La lumière a la fonction de souligner ces différentes étapes.

L’histoire que vous racontez est une histoire vraie ou un assemblage de différents récits ?

Higinio Blanco n’a pas existé, ce que nous avons fait est une fiction qui se nourrit de la réalité tout en utilisant des éléments de plusieurs histoires de différentes personnes. Chez toutes les taupes, la femme est leur pilier. Puisqu’évidemment aucun d’entre eux n’aurait pu survivre sans cette présence. Cette figure permet d’inscrire le film dans la thématique du couple mais aussi d’insister sur la peur de sortir. Pour ceux qui le demandent, les femmes enfermées étaient extrêmement faibles. Cependant nous considérons qu’elles étaient-elles mêmes recluses dans ce trou.

Qu’auriez-vous fait à la place des taupes ?

Je crois que je ne sais pas ce que j’aurai fait. Je n’ai pas vécu une chose similaire pour pouvoir vous répondre. La tension qu’il y a entre la figure du héros et celle du peureux est intéressante d’un point de vue narratif. J’ai l’impression (pas forcément par rapport au film) que l’on me met un miroir devant mon visage qui m’interroge en me demandant "Qu’aurais-tu fait ?" Cette gène me paraît stimulante d’un point de vue cinématographique. Et en tant que personne cela me permet d’apprendre le malaise que produit l’histoire en tant qu’individu.

Depuis quelques années on assiste à des films sur cette période franquiste. Est-ce que l’Espagne est en train de faire un travail sur son histoire ?
Je regrette de ne pas partager cet avis. Il doit y avoir beaucoup plus de films, de livres, sur la guerre civile et la dictature franquiste. Et malheureusement l’Espagne ne s’est pas emparée du thème comme elle l’aurait dû. [...] Cela m’attriste parce qu’on devrait pouvoir considérer aujourd’hui qu’il est impossible qu’un dictateur soit enterré dans un mausolée comme s’il était un héros.

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Jane Doe

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