Les chroniques cannoises de Patrick Mottard

L'insolite se niche parfois au cœur du Festival. Ainsi, un curieux face à face m'amuse depuis des années. Auteur d'une anthologie de la poésie française et grand amateur d'art contemporain, le président Pompidou était plutôt considéré comme un homme de culture. Pour autant, on ne lui connaissait pas d'affinités particulières avec le cinéma. C'est pourtant ce même Georges Pompidou qui assiste depuis des décennies à des centaines et des centaines de montée des marches. C'est que son buste en bronze est littéralement installé dans le jardin qui porte son nom au pied du grand escalier et du tapis rouge. Ainsi ces dernières heures, il a pu suivre de son regard bienveillant et un rien goguenard l'ascension d'Isabelle Huppert et d'Adèle Haenel, toutes deux en compétition, avec de beaux films d'amour et de passion. Et qui sait ? d'allégresse l'ami Georges a peut-être fredonné dans son carcan métallique la comptine de Marylin, une autre grande séductrice... "POUPOUPIDOU".

PORTRAIT D’UNE JEUNE FILLE EN FEU (Céline Sciamma / France)

En 1770 sur une île bretonne, Marianne jeune artiste doit peindre Héloïse, fille d’une comtesse italienne qui entend la marier avec un riche milanais... si la toile lui plait. Mais Héloïse ne veut pas de ce mariage et donc ne veut pas poser. Marianne doit prétendre être sa dame de compagnie pour l’observer à la dérobée et faire son portrait de mémoire. Mais la supercherie va tourner court et faire place à une passion brulante entre les deux femmes.​
Pendant une heure, ce film exclusivement féminin (les hommes ne sont
que des silhouettes) apparait comme austère, voir minimaliste. Or en cinéma le minimalisme est souvent synonyme de maniérisme. Mais quand la passion éclate entre le modèle et l’artiste, tout change et on se laisse emporter par cette belle histoire d’amour qui est aussi un acte de résistance sociale dans cette société du 18e siècle si peu féministe. Et même si la fin laisse un goût amer - comment pourrait-il en être autrement - on ne peut s’empêcher de penser qu’Héloïse et Marianne ont laissé derrière elles quelques pépites d’espoir.

FRANKIE (Ira Sachs / USA)

Frankie, célèbre actrice française, apprend qu’il ne lui reste plus que quelques mois à vivre. Elle décide de passer ses dernières vacances en famille à Sintra au Portugal.

Un film avec Isabelle Huppert, la plus grande actrice française, est toujours un événement. "Frankie" confirme avec brio cette affirmation. Voir cette femme encore belle mais condamnée essayer de mettre de l’ordre dans une famille recomposée est émouvant sans être pathétique.

C’est parfois drôle même si Frankie va découvrir petit à petit que mourir n’autorise
pas à peser sur la vie de ceux qu’on aime. Dans sa bouleversante nouvelle Le
prisonnier de Sintra, Paul Morand dépeint l’atmosphère de fin de civilisation de cette région du Portugal. En faire le cadre du dernier été de Frankie était à l’évidence une belle idée.

LA BELLE ÉPOQUE (Nicolas Bedos / France)

Victor (Daniel Auteuil), sexagénaire désabusé et exténué, voit sa vie bouleversée le jour où un ami de son fils, entrepreneur génial (Guillaume Canet), lui propose une attraction d’un genre nouveau : mélangeant artifices théâtraux et reconstitution historique, elle plonge le client dans l’époque de son choix. Pour Victor, ce sera 1974 afin de tenter de reconquérir sa femme (Fanny Ardant) qui le trompe avec son meilleur ami.

Une idée décalée, un peu de non-sens, un casting de célébrités... nous avons tous les ingrédients d’un sketch de la mythique série télévisée "Palace". Mais celui-ci durait en général une dizaine de minutes et ne se prenait pas au sérieux ; le film de Nicolas Bedos dure 2 heures et se prend au sérieux, c’est toute la différence. Tout y est faux : la reconstitution des années 70, le débat entre jeunes et vieux sur les nouvelles technologies, les deux histoires d’amour, même le jeu du génial Pierre Arditi.

Le film qui a bénéficié à l’évidence de gros moyens est hors compétition, on peut
comprendre pourquoi. Pourtant, phénomène fréquent à Cannes pour un film français même médiocre, il a été applaudi chaleureusement.

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