Les chroniques cannoises de Patrick Mottard

Quand le temps devient plus clément, on peut, entre deux films, faire une petite escapade sur les terrasses du palais. La vue sur la Méditerranée et Le Suquet y est splendide. Deux nouveaux films : le premier nous vient de Corée, le deuxième de Belgique mais les deux à leur façon nous parlent des nouveaux damnés de la terre.

PARASITE (GISAENGCHUNG) (Bong Joon Ho / Corée du Sud)

La famille de Ki-taek vit misérablement dans un entresol humide, envahi par les cafards. Un jour, l’ ingénieux fils de la maison réussit à se faire recommander pour donner des cours particuliers d’anglais chez les Park, une famille riche vivant dans une villa de rêve.

Puis, petit à petit, c’est toute le reste de la famille (le père, la mère et la fille) qui, en éliminant avec d’ingénieux stratagèmes les domestiques en place, s’installe en
parasite. Mais la supercherie va avoir des conséquences incalculables.

La première partie du film est drôle, elle est même désopilante. On s’installe dans une version asiatique de La vie est un long fleuve tranquille avec délectation.

Les "Groseille" coréens ne sont d’ailleurs pas sans rappeler leurs cousins japonais qui l’an dernier avaient remporté la Palme. Et puis le film bascule dans une atmosphère qui rappelle Les bonnes de Jean Genet et son avatar cinématographique La cérémonie de Claude Chabrol.

Quelles que soient leurs capacités d’adaptation, les ​ pauvres resteront les pauvres. La preuve, comme le découvre la famille Park, ils ont une odeur ! Mais à une époque où on a rangé la révolution dans les placards de l’Histoire, la révolte reste une option. Pour la dignité.

LE JEUNE AHMED (Jean-Pierre et Luc Dardenne / Belgique)

En Belgique, aujourd’hui, quelques mois de la vie du jeune Ahmed, 13 ans,
pris entre le bourrage de crâne de son iman et les appels de la vie réelle.
Quand l’histoire commence, Ahmed est déjà en situation de rupture avec
sa famille, son école, la société. Lobotomisé par un intégriste musulman, il
va jusqu’à tenter de tuer cette prof dévouée qui l’a aidé dans sa scolarité.

Placé en foyer, il va découvrir et résister à ses premiers émois amoureux.
Le constat est amer car on a l’impression que face à la détermination
d’Ahmed, la déradicalisation reste un leurre. Du coup - avec en plus une
scène finale peu crédible - on ne comprend pas très bien le message des
frères Dardenne.

À moins qu’on le comprenne trop bien.

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