Les Chroniques cannoises de Patrick Mottard

Le générique du Festival est un signe de ralliement pour tous les habitués de Cannes. Dès que l'obscurité est faite dans le Grand Amphithéâtre Lumière, un petit dessin animé s'offre à nous. On y voit les 24 marches de l'escalier mythique s'extraire du fond de la mer pour crever la surface et rejoindre dans les cieux le soleil aveuglant de la Palme d'Or. Depuis 1990 l'animation est accompagné la pièce musicale Aquarium extraite de l'oeuvre Le carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns. Et là si vous êtes un amoureux du Festival et du cinéma votre coeur bat forcement très fort.

Aujourd’hui ( ndlr : hier) deux films francophones : un canadien un brin québécois, un français un brin chti .

MATTHIAS ET MAXIME (Xavier Dolan / Canada)

Deux amis d’enfance, Matthias et Maxime, s’embrassent pour les besoins d’un court métrage amateur. Ce baiser anodin va installer un doute qui amène les deux trentenaires à se poser des questions quant à leurs préférences sexuelles. De fait, le groupe d’amis auquel ils appartiennent va être pour le moins chahuté par cette nouvelle donne.

Le cinéma à l’esbroufe (bande sonore envahissante, ralentis...) et les obsessions de l’auteur (qu’il règle d’urgence son problème avec sa mère...) finissent par lasser. On a l’impression d’avoir un film de plus sur un sujet un peu rabattu. Et Dolan, en petite forme, réussit même à rendre un groupe de jeunes québécois (un des peuples les plus sympathiques du monde) détestables.

Quant à ses vannes sur Denys Arcand, le plus grand cinéaste canadien français, elles frisent pour moi le sacrilège. Le déclin de l’Empire Américain, c’est autre chose que ce petit Matthias et Maxime.

ROUBAIX, UNE LUMIÈRE (Arnaud Desplechin / France)

Pendant la période de Noël à Roubaix, le commissaire Daoud et l’inspecteur Coterelle doivent faire face au meurtre d’une vieille dame dans un quartier populaire. Deux jeunes femmes marginales, alcooliques et amoureuses sont les témoins clés de cette affaire... à moins que ce soit un peu plus !

Le film de Desplechin (à priori je ne suis pas un fan) est la belle surprise de cette 72e édition. Dans la ville de Roubaix en plein désastre économique, ce fait divers sordide se transforme en une fresque sociale d’une humanité bouleversante où la pitié prend le relais d’une empathie impossible.

Le commissaire Daoud (Roschdy Zem, inoubliable), lui-même accablé par une histoire personnelle qu’on devine douloureuse, cherche la vérité un peu comme un confesseur qui veut avant tout décharger le coupable du poids de ses péchés (il me vient une comparaison avec les scènes finales souvent déchirantes de la série Cold case).

Quant à Marie et Claude, les deux marginales (Sara Forestier et Léa Seydoux) immatures, amorales, inconscientes, avec leur cruauté d’animaux traqués, elles resteront par leurs histoires fracassées dans nos mémoires. Peut-être comme un remord.

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