Se raccrocher à des symboles (15)

Après plusieurs décennies, pour être reconnus comme des Américains à part entière, les Italo-américains se sont exprimés en se rattachant à leur identité ethnique. Comme, par exemple, avec la cuisine traditionnelle, l’opéra, la langue italienne et le drapeau italien. Pour les sociologues Herbert Gans et Richard Alba, le recours presque exclusif aux symboles est une preuve de la superficialité de l’ethnicité des Italo-Américains qui devient pensée et choisie.

L’ethnicité est à un stade crépusculaire par le chamboulement des modes de vie. La culture italienne s’est radicalement transformée à la suite de l’impact avec la société anglo-américaine. Pour Rudolph Vecoli, l’identité italo-américaine repose sur le choix des personnes de la maintenir par le biais de signes visibles, symboliques et identifiables. Ces derniers font d’énormes efforts pour conserver une identité communautaire propre. Comme, par exemple, dans les principes catholiques et l’établissement de paroisses distinctes de celles des autres catholiques (Hispaniques ou Irlando-Américaines). Par conséquent, l’identité de tous les Américains, dont les Italo-Américains, est en perpétuel renouvellement. Tout cela en raison des transformations engendrées par le processus d’intégration et par le développement intrinsèque de la société.

La volonté des individus de perpétuer l’auto-identification peut être considérée comme un vecteur de continuité. C’est la nouvelle forme de l’identité italienne. Un mélange de l’identité originelle des ancêtres mit au goût du jour dans le contexte américain.

C’est dans cette envie d’intégration que les Italo-Américains ont inventé de nouvelles traditions. À la fin du XIXe siècle, l’organisation de la célébration du ‘Columbus Day’ se met en place. Elle célèbre la découverte du nouveau monde par Christophe Colomb, navigateur espagnol. Cet événement n’étant même pas commémoré en Italie. Cette nouvelle tradition leur permet de prouver leur participation au destin de l’Amérique, tout en célébrant la culture italienne.

Dans une fête comme Thanksgiving, les Italo-Américains ont introduit des éléments du patrimoine italien comme des recettes de cuisine. Comme évoqué plus haut, leurs efforts ont favorisé leur insertion dans le « mainstream étatsunien », tout en faisant perdurer leur identité ethnique. Cependant un problème persiste. Comment être membre de la majorité tout en revendiquant une spécificité culturelle ? Pour Donald Tricario, l’italo-américanité est une « mainstream ethnicity ». La stratégie italo-américaine est de défendre ses intérêts en montrant la force potentielle du groupe ainsi que sa cohésion. Elle répond aux exigences de la société américaine qui a accueilli leurs parents migrants. Il y a une redéfinition de l’identité et de la culture dont l’expression est devenue essentiellement symbolique.

Au début du XXe siècle, le contexte du phénomène migratoire a accéléré l’émergence de leur sentiment national. Dans le pays de l’oncle Sam, les migrants ont développé une nouvelle identité nationale en s’adaptant à la société dominante. Il y a eu une réévaluation du statut face au milieu environnant. Les Italo-Américains se définissent comme des Américains. Ils ont eu une ascension socio-économique qui a chamboulé leur mode de vie. Malgré cela ils demeurent un groupe en marge avec certaines caractéristiques culturelles, sociales et religieuses. Très attachés à Rome et au Vatican donc au pouvoir du Pape, ils sont contre l’avortement, le divorce et l’homosexualité car ces derniers sont condamnés par les plus hautes instances. Côté politique, ils ont logiquement une orientation conservatrice, offrant leur soutien au parti républicain depuis le mouvement des droits civiques. Ces statistiques se sont confirmées dans les années 1980.

Dans la ville de New-York, le sénateur Al d’Amato puis Rudolph Giuliani, ont été élus maires. Dans cette même décennie de 1980, les Italo-américains se dirigent vers les banlieues des mégalopoles. Les Italo-Américains se regroupent plus loin, à Brooklyn, dans les quartiers de Bensonhurst, Canarsie et à moindre mesure Staten Island. L’unité est importante pour la communauté. Ils s’intègrent dans des associations ethniques et des paroisses catholiques Les Italo-américains continuent de former un groupe à part, même si leur quotidien ne les différencie pas des autres ‘white ethnics’. Pour Richard Alba (évoqué précédemment), leur identité est arrivée à un stade crépusculaire. L’historien italo-américain, Richard Gambino reprend la métaphore de la rotation de la terre autour du soleil pour répondre à cette théorie, en affirmant que leur ethnicité ne cherche qu’à se développer dans une Amérique multiculturelle. Pour lui, l’identité de sa communauté est dans une phase de renaissance semblable à l’aube. Pour l’auteur Richard Gambino :

« L’ethnicité italo-américaine d’aujourd’hui a évolué, il n’a pas « fondu » et n’est pas crépusculaire. De plus, l’ethnicité italo-américaine est en fait dans une nouvelle aube. »

Dans ses travaux, Gambino reprend l’exemple de la discrimination dont les Italo-Américains sont encore victimes en raison de leur association à la mafia. En cela, le cinéma ne manque pas de le rappeler. Le septième art contredit la théorie du crépuscule de Richard Alba.
Les Italo-Américains ne deviennent pas invisibles dans le groupe des Européo-Américains. Bien au contraire, cela nourrit les consciences collectives, ce qui repousse toute forme de déclin de leur identité ethnique.

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Jane Doe

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