Les choniques cannoises de Patrick Mottard

Cannes c'est aussi - surtout un jour de pluie comme aujourd'hui - le Marché du film lové dans les entrailles du Palais : une véritable petite ONU de la cinéphile.

Encore deux films : le "Almodovar" de l’année et un curieux film d’une
réalisatrice autrichienne.

DOULEUR ET GLOIRE (DOLOR Y GLORIA) (Pedro Almodovar / Espagne).

Salvador Mallo, un réalisateur qui ressemble à Almodovar, malade et en
panne d’inspiration, fait une série de rencontres : certaines en chair et en
os (un ancien amant, le comédien vedette d’un de ses grands succès...),
d’autres en souvenir à l’époque de son enfance dans un village de la
région de Valence (sa mère, Penélope Cruz, un ami dessinateur...).

Mais en retrouvant son passé, Salvador ressent le besoin de le raconter et c’est
grâce à ce besoin et quelques bonnes nouvelles médicales qu’il va repartir
de l’avant.

Un Almodovar très personnel qui est une suite de "La mauvaise éducation"
présenté à Cannes en 2004. Antonio Banderas est très émouvant dans ce
rôle de créateur en panne qui sombre dans une nostalgie mortifère avant
d’utiliser à nouveau le passé comme source d’inspiration. La
démonstration qu’une histoire très personnelle peut, lorsqu’elle est bien
racontée, toucher à l’universel.

LITTLE JOE (Jessica Hausner / Autriche - Grande Bretagne )

Alice, mère célibataire, est une scientifique qui a conçu une fleur très
particulière. Rouge vermillon, celle-ci a le pouvoir de rendre son
propriétaire heureux. Défiant le règlement de son laboratoire, elle en offre
une à son fils Joe, qu’elle nomme tout naturellement Little Joe.

En réalité, au lieu d’être heureux celui-ci et les autres bénéficiaires deviennent peu à
peu des coquilles vides qui miment leur vie d’avant pour donner le
change. La fleur va se révéler de plus en plus efficace et contamine petit à
petit tout le monde.

En clair la réalisatrice, ex-collaboratrice de Haneke (double palme d’or
cannoise qui s’y connait en sujets plombants), nous laisse entendre que
les relations sociales sont un théâtre d’ombres, chacun n’aspirant qu’à se
replier sur son instinct vital. Comme les personnages de Jessica Hausner
sont particulièrement amorphes bien avant leur contamination, la
différence ne saute pas aux yeux même si l’univers d’Alice et Joe est
plastiquement très réussi.​

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