La Messe des artistes 2022 : "Un ciel nouveau, une terre nouvelle "

La Messe des artistes 2022 avec ses musiciens, chanteurs, peintres, acteurs, a lieu à Nice, en l’église Saint Pierre d’Arène, ce mercredi à 18h.

À cette occasion, sera exposé un exceptionnel chemin de croix réalisé à la demande du P. Gil Florini, alors qu’il était curé de Saint-Paul-de-Vence. Les artistes
qui y ont participé : Arman, Baviera, Cartier, Eppele, Fahri, Folon, Franta, Jani, Nall, Patrix, Ritchie, Sosno, Tobiasse, Verdet, Vivier, Zivo

Selon une tradition qui remonte à 1926, cette "messe" réunit une fois par an, un public d’environ 1000 personnes. C’est la 10e édition organisée dans le cadre de
l’aumônerie des artistes par le P. Yves-Marie Lequin, avec Odile et Franck Asparte pour le programme musical (orchestre et chant lyrique), aidé par le musicien Stéphane Eliot, et Bruno Gaspard et son Épicerie d’Art pour les exposants plasticiens.

Le thème de cette année 2022 est « Un ciel nouveau, une terre nouvelle ». Ce « monde d’après » est pensé comme celui de la pauvreté volontaire. Dans cet esprit, la célébration prendra une forme communautaire, l’espace de l’église est repensé, les œuvres d’art sont posées à même le sol. Ce thème a été proposé par Steve Morphée qui interviendra avec tout son atelier. Il rejoint en cela le vœu du sculpteur Patrick Schumacher récemment disparu.

Selon la tradition, la messe est celle du mercredi des Cendres, mais pensée comme un spectacle total : musique classique, spectacle de cabaret, cirque, performances,
projections vidéo, et …célébration religieuse. Deux moments forts : La longue lecture
des artistes morts durant l’année écoulée, lue par Frédéric Altmann, et éclairée uniquement par les bougies allumées du public, et la réception de cendres sur le
front.

La prière traditionnelle sera lue par Olympia Alberti.

« Nous les artistes, dans l’arène ténébreuse… »

Étrange cérémonie que celle qui a eu lieu à Paris, le mercredi 7 février 1951,
en face du Louvre, dans l’église de Saint-Germain L’Auxerrois ! En ce premier jour du temps du carême, le futur saint Jean XXIII, alors nonce apostolique, bénit une large inscription énigmatique sur un des piliers du chœur.

On y lit, toujours aujourd’hui, gravé à même la pierre et en grandes lettres :
« Dans cette église, suivant le vœu de Willette, réalisé par Pierre Regnault, les artistes de Paris, en union avec leur camarade du monde entier, viennent depuis le mercredi des Cendres de l’an 1926 recevoir les cendres et prier pour ceux d’entre eux qui doivent mourir dans l’année ».

Willette (1857-1926) était un artiste parisien très controversé, un des fondateurs et décorateurs du Cabaret du Chat noir de Montmartre où se retrouvent peintres et poètes. À travers une œuvre qui prend le risque de choquer, il a combattu avec ses
amis la société des bien-pensants. Aux dévots qui montent à la basilique du Sacré-Cœur, il préfère l’Église d’en bas, celle des Pierrots des rues, chez qui l’argent et le pouvoir, comme il le dit lui-même, « n’ont pas encore remplacé la fonction du cœur ».
En 1914, après avoir échappé à une grave maladie, il fait un vœu : que tous les artistes puissent se retrouver à la messe du mercredi des Cendres, afin de se rappeler « qu’ils sont encore des hommes », des êtres engagés par tout leur art au
service de l’aventure humaine, si fragile et si belle. Cette même année 1914, il compose une prière qu’il lit sur la tombe de l’écrivain Villiers de L’Isle-Adam : « ceux qui te saluent, Seigneur, avant de mourir, sont ceux que Tu as créés
à ton image pour créer de l’art. Ceux qui ont médité ton Œuvre et rendu hommage à sa Beauté ! Ce sont les simples d’esprit dédaigneux de l’or diabolique. Ceux-là, Seigneur, te saluent avant de mourir. Nous, les artistes, dans l’arène ténébreuse, à la lueur des armes que Tu nous as données, Devant les multitudes qui n’ont ni yeux ni oreilles, mais qui ont une bouche pour nous huer si nous succombons... Pollice verso (Pouce retourné) ! Nous te saluons, Seigneur, avant de mourir ! »
Willette meurt en 1926, en pleine gloire. Mais l’antisémitisme inexcusable de ce communard anarchiste a fini par occulter les belles réalisations de sa vie d’artiste. On a été moins indulgent avec lui qu’avec d’autres phares de son époque tout aussi virulents : Renoir, Degas, Courbet, Forain, Caran d’Arche, Victor Hugo, Daudet, Maupassant, Baudelaire, quelques anti dreyfusards (Rodin, Jules Verne, Cézanne, Paul Valéry), lesfrères Goncourt, Proudhon, sans oublier Louise Michel (dont le nom a été donné à une place de Paris en remplacement de celui de Willette), et même Zola…
Ce caricaturiste de génie, antimilitariste, défenseur des plus pauvres, n’aura pas vu la réalisation de son vœu, sorte de « canular pieux » qui demande à ce qu’on prie pour
« ceux qui vont mourir ». Mais il est célébré désormais chaque année, exactement comme il l’a voulu, avec la lecture de sa prière.

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