Café littéraire : L’ivresse des anges de Jean Siccardi

Nous voilà dans la campagne profonde, dans un monde hors du temps, secret, où l’initiation fera d’un homme un maître compagnon. Nous sommes dans une confrérie, une maçonnerie dont les usages et les règles sont strictement réglementées. Sur les bords de la Siagne dans le pays grassois on retrouve Fernand qui a succédé à son père comme bouilleur de cru.

C’est très surveillé par les autorités, l’alcool doit être déclaré. Les gabelous et les gendarmes épaulent les inspecteurs. Fernand respecte les lois, il a son carnet où il note tout. Les tricheurs sont pris ou dénoncés, il y a les jalousies, les vieilles rivalités pour ne pas dire les haines. C’est dans cet univers rustre et sans pitié que Jean Siccardi nous entraine avec son talent de conteur et de romancier.

Il connait bien ce pays grassois où il vit. Il en a saisi l’âme et la moelle et une nouvelle fois il nous fait partager l’intimité de ces paysans dont la terre est la source de vie, leur raison de vivre et leur moyen de subsistance. Quelque part ça rend leur caractère rude, sec et amer.

Un monde entièrement différent de celui des citadins. Il faut y être né ou y vivre pour le bien comprendre et saisir. Un santonnier répondait à cette question : comment devient-on santonnier ? On ne le devient pas, on naît santonnier. On ne devient pas paysan, on nait bouilleur de cru !

Thierry Jan, écrivain

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