Cinquante Nuances de Grey d’E.L. James

Cinquante nuances de Grey d’E. L. James est le livre de l’année 2012, avec plus de 40 millions d’exemplaires vendus en dix-huit mois, il est le roman le plus vendu au monde l'année dernière. Un succès phénoménal pour cette romance érotique, flirtant avec le monde du sadomasochisme qui est arrivée cet automne en France. Le dernier tome de la trilogie Fifty Shades est paru en février dernier. Nice-Premium s’est plongé dans cette histoire d’amour décalée.

© Papuga2006/Dreamstime.com

Anastasia Steele est une étudiante innocente en dernière année de licence, son truc c’est la littérature, les classiques anglais, mais pour aider sa colocataire et meilleure amie, Kate, elle accepte d’interviewer un (très, très, très) riche chef d’entreprise, Christian Grey. Dès la première rencontre, l’électricité entre Ana et Christian est palpable, seulement Christian n’est pas aussi sage qu’il ne le laisse paraître. En effet, le monsieur a une très forte tendance au sadomasochisme et à la domination. Ana et Christian vont entamer une relation passionnée mais on ne peut plus complexe.

Une héroïne quelconque

Le résumé prometteur laisse place à un roman où, malheureusement, le style de l’auteur n’est pas ce qui se fait de mieux. Cinquante nuances de Grey, rédigé à la première personne, souffre de ce choix, concentrant le récit autour des pensées d’une héroïne peu charismatique.
Si le roman est facile à lire, la psychologie des personnages laisse à désirer. Ana est coincée et intimidée par Grey, comme par tout ce qui est un peu sexuel, elle n’ose pas nommer son sexe "comment est-il possible que je le sente jusque ?", elle n’a pas confiance en elle, se déprécie constamment. Ana rougit environ deux fois par page, faisant d’elle un personnage difficile à apprécier, la lectrice - adulte - n’arrive pas et ne veut pas s’identifier à ce personnage.
E. L. James propose une héroïne vierge de toutes relations aussi bien sexuelles que sentimentales. Ana découvre donc l’amour et le plaisir en même temps que le BDSM (Bondage, Discipline, Sadomasochisme), il faut oublier le réalisme de la découverte du plaisir féminin qui est ici proposé en accéléré : Ana est vierge puis en un week-end, elle connaît tout de son corps et se transforme en Mme deux orgasmes minimum.
On aurait aimé une héroïne plus 21e siècle, bien dans son corps et dans sa tête, partant à la découverte de son plaisir. Ici, le fait de s’abandonner totalement à un homme, d’avoir une absolue confiance en lui arrive très vite ; mais en réalité cela n’apparaît pas comme ça, par enchantement, lors de la première relation sexuelle, encore moins quand c’est la toute première de sa vie.
De plus, la confrontation entre les réactions très gênées d’Ana et les scènes de sexe assez crues et détaillées est un point assez contradictoire dans le roman. Par exemple, sa copine Kate embrasse passionnément son copain, Ana pense « Bon sang… prenez une chambre ! » - p. 98. Et juste après ou avant, on a une scène de sexe décrite dans ses moindres détails. Selon l’auteur, il faut voir Cinquante nuances de Grey comme une histoire d’amour et non comme un livre érotique et encore moins pornographique, disons que ce premier tome se situe entre les deux mais ce qui est certain, c’est que l’on ne peut pas dire de Fifty Shades qu’il est un livre emblématique du SM. Les scènes de sexe réellement SM sont au nombre de deux et le tout reste assez soft.

Un héros mystérieux

Le personnage le plus intéressant de l’histoire est sans conteste celui de Christian Grey, le roman est presque uniquement formé par son duo avec Ana, car les rares personnages secondaires ne sont vraiment pas approfondis. La mère d’Ana, extrêmement clairvoyante alors qu’elles ne se voient presque jamais, son père apparaît à peine pendant quelques pages, la famille de Grey est survolée ; quant à Kate, on aimerait que ce soit elle l’héroïne, mais là encore on ne sait presque rien à son sujet. Cinquante nuances de Grey est totalement axé autour du couple Christian/Ana et des pensées de cette dernière, ce qui en fait un livre finalement assez réducteur.
Pour revenir à Christian, il est érigé en modèle de perfection par Ana tant il est beau, sexy, séducteur, merveilleux ou magnifique, tant il sent bon le gel douche et la lessive… C’est un peu le coup de l’héroïne qui a besoin d’un homme pour s’accomplir : avant lui, elle n’était rien et c’est uniquement grâce à lui qu’elle devient ce qu’elle est. C’est un point de vue assez rétrograde et conservateur. Ana considère Grey comme son sauveur, un véritable chevalier « Oh mon dieu – qu’est-ce que je ne ferais pas pour être à lui ? C’est le seul homme qui m’ait jamais excitée. Et pourtant, il est exaspérant, difficile, compliqué, déroutant. Un instant il me repousse, l’instant d’après il m’envoie des livres à quatorze mille dollars et me traque comme un harceleur. Et malgré tout cela, je viens de passer la nuit dans sa suite et je me sens en sécurité. Protégée. Il m’aime assez pour me secourir quand il me croit en danger. Ce n’est pas un chevalier noir mais un chevalier blanc dans une armure étincelante, un héros de roman, un Gauvain ou un Lancelot. » p. 82
Hormis cela, l’auteur réussit à installer un certain suspense autour de ce personnage, on a envie d’en savoir plus sur qui il est, pourquoi il refuse qu’on le touche, d’où viennent ses cicatrices et qui sont réellement ses parents. Cette intrigue est finalement plus intéressante, plus prenante que le côté jeux sexuels SM.

Une lecture mitigée

Le roman se lit très vite et très facilement mais de nombreux défauts ponctuent la lecture. Entre le surnom « bébé » employé par Grey en pleine scène de sexe, le côté très formel de la relation que Grey propose à Ana sous la forme d’un contrat digne des plus grandes fusions-acquisitions de l’histoire, avec un contrôle absolue sur elle, même en dehors de leurs relations sexuelles, le lecteur ne sait plus quoi penser.
Néanmoins l’histoire prend une tournure plus palpitante quand on se rend compte que Grey se lance dans cette relation sans filet de sécurité, qu’il y a quelque chose qui le fascine chez Ana. Les dialogues entre eux sont d’ailleurs plutôt biens, notamment quand Ana est loin de Grey, elle possède une vraie répartie, il y a pas mal d’ironie et d’humour.
Mais il est quand même assez déprimant de savoir que c’est ce livre qui a été le plus vendu au monde en 2012, l’écriture est neutre, sans style, l’histoire relativement banale mais finit sur un rebondissement… de quoi attiser la curiosité des lecteurs et de les faire se plonger dans le tome 2, Cinquante Nuances plus sombres.

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à propos de l'auteur

Jane Doe

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