Littérature : GiG de James Lovegrove

Une double novella faites de palindromes et d'anacycliques, vibrante et superbement traduite, publiée en France grâce aux éditions Griffe d'Encre. Laissez-vous porter par les cris de la foule dans ce concert particulier.

© Magali Villeneuve

Quand on tient GiG dans les mains, on se retrouve face à un choix. Mik. ou Kim. Car dans ce roman, ses deux novellas se répondent, se complètent tout comme Kim complète Mik. Et vice-versa.

Au départ donc, un choix. Celui du chanteur ou celui de la fan. Celui des répétitions du dernier concert de la tournée de God dog à Rotor City, ville de naissance du groupe et de ses musiciens. Ou la recherche par Kim d’un pass all access pour assister à ce même concert et honorer la promesse faite à Mik, il y a plus d’un an...
Suivre le leader emblématique, Mik, ou son double féminin quasiment identique, Kim. Qu’on se rassure, quelque soit le choix de départ, tout finit par s’imbriquer, se compléter.

Cette double novella est particulièrement prenante par bien des aspects. Tout d’abord cette originalité dans la construction de l’histoire et des deux récits qui se répondent. On aurait pu craindre le doublement d’informations, de lieux ou de personnages mais James Lovegrove tourne si bien les choses que cela n’arrive pas. La partie de Mik comporte 9 pages de plus par rapport à celle de Kim, pas de quoi créer un décalage. De chaque côté, la qualité de l’écriture est là, on se croirait à Rotor City, ancienne cité industrielle spécialisée dans l’aéronautique, qui aujourd’hui se pare de l’écrin noir des délocalisations et fermeture d’usines. Une ville grise où God Dog revient sur les lieux de sa naissance, où Mik entraîne son meilleur ami, à ses côtés depuis toujours, dans la lande Bella Salsnad. Rotor City et ses habitants, ses lieux en font un personnage du roman, sans elle rien ne serait arrivé.
L’écriture est particulièrement juste et intense quant il s’agit de décrire la musique du groupe, c’est puissant, on croirait entendre les accords, la voix de Mik amplissant le salon dans le silence de la lecture. Pourtant difficile à rendre par écrire, ici, c’est limpide, facile, la musique monte à l’intérieur, on la ressent, on l’entend, comme si un cd était diffusé.

Le mystère qui entoure ce personnage se met en place peu à peu, son charisme incroyable poussant le lecteur à s’attacher à lui, à vouloir comprendre ses étranges déclarations d’avant concert. Kim donne un autre aperçu du groupe, on découvre de nouvelles chansons et la perception de celles-ci par les fans. On la suit dans sa quête désespérée, trouver un pass all access pour le soir même. Elle va entreprendre des choses dont elle ne se serait pas crue capable, pour Mik.

Je ne peux bien évidemment pas parler de GiG sans évoquer les anacycliques - mot ou groupe de mots que l’on peut lire indifféremment de droite à gauche ou gauche à droite - et les palindromes - mot ou groupe qui lus de droite à gauche ou gauche à droite gardent le même sens. GiG en est d’ailleurs un, il signifie "concert" en anglais. La prouesse à l’écriture est d’en avoir disséminés dans tous les livres mais qu’en plus leur utilisation est un sens. Et celle de la traductrice, Mélanie Fazi, est d’avoir réussi à les intégrer parfaitement à la version française. Au fil de la lecture, en lisant un mot, vous vous rendrez compte que ç’en est un, et puis un autre, et l’attention se portera aussi sur ses figures de style.

GiG est donc un roman particulier par tous ses côtés, son écriture, la musique exacerbée et permanente qui l’entoure, le mystère Mik - dont malheureusement on ne saura pas tout...
Un roman que je conseille aux fans de rock, mais pas seulement, à ceux qui aiment les mots, les personnages non conventionnels et se perdre dans les brumes surnaturelles de la lande Bella Salsnad...

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à propos de l'auteur

Jane Doe

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