Littérature : Le chuchoteur de Donato Carrisi

Sorti en 2009, Le chuchoteur, thriller labyrinthique de Donato Carrisi met la barre très haut. Un tueur en série complexe, inattendu pour un récit pleins de rebondissements construit autour d'un duo d'enquêteurs hors normes mais redoutablement efficace. Plongée au cœur d'un polar italien de qualité.

Une forêt, une fosse, six bras de petites filles enterrés. Six bras gauches pour seulement cinq disparitions déclarées, l’équipe du criminologue Goran Gavila est sur les lieux. Rapidement, il s’avère que son équipe devra retrouver cinq petits cadavres mais il reste encore un espoir, celui qui a fait ça garde la sixième victime en vie, précieusement. C’est là qu’intervient Mila, experte en affaires d’enlèvement.
Mila et l’équipe de Goran devront faire face à un tueur implacable qui semble toujours avoir deux coups d’avance sur eux. Pire, il les conduit ouvertement à des scènes de crimes complexes qui ne font qu’allonger la liste des victimes…
Chaque fillette amène un nouveau crime et un nouveau tueur.

Le premier point fort du Chuchoteur est sa conception, offrant un récit raconté par un narrateur extérieur, l’auteur va encore plus loin puisqu’il propose des points de vue multiples : d’abord, l’intrigue principale qui occupe 80% du livre, puis des chapitres se concentrant sur la captivité et les pensées d’une fillette blessée, enfermée sous terre ; enfin les notes du directeur d’une prison de haute sécurité au procureur de la république concernant le comportement suspect d’un détenu. Tous ces éléments ne forment qu’un tout, habillement orchestré par Donato Carrisi, renforçant ainsi le mystère qui va peu à peu se développer. Les éléments de l’intrigue se mettent en place et chaque fois qu’on croit s’approcher de la vérité, l’intrigue est relancée, pour ne pas dire remise à zéro. On assiste à l’impuissance des enquêteurs qui se retrouvent face à une théorie des plus angoissantes et des plus époustouflantes jamais lue.
L’équipe d’enquêteurs est vraiment agréable à suivre, on s’attache bien évidemment à Mila et à Goran dont les vies suscitent tout de suite l’empathie. Mais les personnages secondaires sont aussi intéressant, Boris, Stern, Rosa, seul l’inspecteur Roche, superviseur de l’équipe n’est pas vraiment sympathique. L’auteur fait vivre les deux héros à nos côtés pendant presque 600 pages, donnant suffisamment de détails pour que le lecteur s’implique dans leurs vies et comprenne qui ils sont et d’où ils viennent.
Les autres personnages sont moins approfondis mais dans ce récit déjà très dense, il ne fallait pas risquer l’écœurement.

La grande originalité de ce thriller réside dans la conception des crimes mais impossible d’en dire plus sans gâcher le suspense. Cette ascension dans l’esprit dérangé d’un génie psychopathe est audacieuse et captivante, le titre devient parfaitement limpide une fois la dernière page tournée…
Donato Carrisi sait distiller le suspense comme il faut et ne laisse pas de répit au lecteur qui ne peut s’empêcher de tourner avidement chaque page. En effet, on est réellement dans un page-turner de grande qualité. L’écriture est précise, sans jamais être gore malgré l’horreur de certaines crimes, il s’arrête juste avant que ça ne devienne trop.
Autre originalité dans ce thriller, aucune indication géographique n’est jamais donnée. Aucune ville, aucun pays, les noms des personnages peuvent venir de partout et de nulle part, les noms des rues ne sont jamais explicites, les grades de la police ou des institutions judiciaires sont les mêmes qu’ici mais pas tout à fait. Un coup, on se dit c’est sûr c’est aux USA, puis finalement c’est peut-être en Italie (patrie de l’auteur) mais les températures et le climat font aussi penser aux pays plus au nord, Canada, Allemagne, pourquoi pas la France ou la Belgique. Cette donnée, un peu anodine mais novatrice, rajoute vraiment une dose d’angoisse et de suspense, ça veut dire « ça peut se passer partout, loin ou juste à côté de chez vous ».

A aucun moment, l’intrigue ne devient confuse malgré la complexité de sa conception en tiroirs, on ne se perd pas, l’auteur nous mène exactement là où il le veut. La fin, terrible finalement, est du même calibre que tout le reste du roman. Amoureux des polars, laissez-vous scotcher par la lecture du Chuchoteur

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à propos de l'auteur

Jane Doe

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