Littérature : Reflex de Maud Mayeras

Reflex, le second roman de Maud Mayeras, vous emmène dans des territoires sombres et hantés où une chaleur caniculaire colle à la peau des personnages. Un second roman percutant de noirceur que Nice Premium a lu pour vous.

photo © Philippa Berch

Iris est photographe pour la police, et plus précisément pour l’Identité Judiciaire. Elle shoote les scènes de crime, les photographie sous tous les angles, des traces de sang, des corps martyrisés, de la douleur sur pellicule, pour aider les policiers dans leur quête de la vérité, dans leur recherche du coupable, mais surtout pour oublier. Les cadavres qu’elles rencontrent derrière l’écran de son reflex, l’aident à oublier celui de son fils sauvagement assassiné il y a 11 ans.
Sur un nouveau coup de fil de son boss, elle se retrouve dans sa ville natale, celle de son enfance, de sa folle de mère, de ses angoisses et surtout celle des drames passés. Cette ville où un tueur en série écorche ses victimes avec une technique particulière qui en rappelle un autre...
Cette ville où, pour Iris, tout va se jouer.

Pour oublier son rire, j’ai tenté de comprendre ceux qui avaient cherché à l’effacer. Pour oublier son visage, j’en ai cherché d’autres plus abîmés. Pour oublier la douceur de sa peau, je me suis entourée de corps froids. Et pour oublier son odeur, j’ai choisi la puanteur de la mort.

Commençons par la fin : une fois Reflex terminé, le lecteur sera inévitablement KO, au tapis, comme après un rude combat de boxe.
Tout débute 360 pages plutôt avec ce coup de fil qui va ramener Iris dans sa ville natale. Iris, célibataire, professionnelle jusqu’au bout des doigts, en conflit avec une mère tyrannique, qui vit désormais à l’asile, va brutalement replonger dans une période douloureuse de sa vie. Le crime d’un enfant lui rappelle ce qui est arrivé au sien, à Swan, et dont l’enquête n’a jamais été résolue. C’est l’occasion pour elle de découvrir la vérité, une vérité qui bien au-delà de ce qu’elle imaginait.
Parallèlement à cette intrigue, Maud Mayeras nous renvoie dans le temps, en 1919, au moment où Julie Carville, après avoir été sauvagement violée, est rejetée par sa famille et tout le village. Elle finit dans un couvent dirigé d’une main de fer par des religieuses, plus sévères que tendres. Son enfant y est né, Lucie.

Reflex se divise en huit parties, de 4021 jours à 4242 jours avec les chapitres d’Iris, dont beaucoup commencent par "Je n’aime pas..." et sont écrits à la première personne ; et les – Silence – qui décrivent, à la troisième personne, la vie de Julie puis celle de sa fille.
À cette construction originale, s’ajoute la qualité d’écriture de Maud Mayeras. Sa plume, absolument parfaite du début à la fin, nous fait entrer totalement dans la vie, dans la mémoire d’Iris. On est avec elle, on la suit comme une ombre. C’est poétique, délicat malgré la dureté et la souffrance qui se dégage de l’ensemble du livre. Une plongée brutale dans l’âme humaine où Mayeras crée des personnages profonds et bouleversants, sombres, très sombres. Une psychologie des personnages maîtrisée comme rarement qui atteint le lecteur, bourré d’empathie, au plus profond.
Iris est un personnage travaillé, mère et fille en souffrance, bègue, qui conduit une Superduke, une moto gros cube de chez KTM, avec un métier peu exploité dans les romans policiers. Elle est la figure centrale derrière laquelle on retrouve des personnages secondaires : Diane, sa mère, Jackie Philco, la grosse voisine, Henry Witkin, Charles, Lucie...
Un rythme intense, une écriture maîtrisée, la chaleur pesante et moite ajoute encore à la tension ambiante créée par Maud Mayeras. Reflex, avec une intrigue complexe, perverse, un suspense qui va crescendo, une fin indétectable, est bien plus, beaucoup plus, qu’un thriller.

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à propos de l'auteur

Jane Doe

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