Suivre ’La Route’ de Cormac McCarthy

Pas de date. Pas de noms. A peine un lieu, vague, les Etats-Unis. Un homme et son fils. L'apocalypse a eu lieu. Il ne reste rien ou presque. Dans l'hiver glacial, sur des terres dévastées, ils avancent vers le Sud. Mais pourquoi faire ? Pour aller où ? De la fin du monde, il reste des amas de cendres grises et des hordes de cannibales. Arriveront-ils au bout du voyage ? Cette histoire épurée de Cormac McCarthy au scénario simpliste est d'une intensité incroyable, une Route qui ne laissera pas le lecteur indemne.

Ce qui frappe dès le départ dans ce roman post-apocalyptique, c’est le découpage du texte. Des paragraphes courts, des phrases ponctuées de nombreux "et", des dialogues rapides, il n’y a pas de chapitres ; cet enchaînement de paragraphes donne du rythme à la lecture. C’est très bien écrit, bien que le style puisse être légèrement déroutant en début de lecture.

L’histoire de cet homme et de son fils, sur une terre détruite, est vraiment poignante. Les dialogues, très simples, entre les deux personnages, sont empreints d’une véritable tendresse unique. Ce n’est pas la tendresse que nous connaissons, c’est une émotion différente, plus forte. Ils sont seuls, l’homme n’a plus que son fils, le fils n’a plus que son père, et c’est très bien retranscrit par l’auteur donnant là un tableau puissant d’une relation père/fils.

On ne connaît rien des personnages, même pas leurs noms, à peine leur âge et presque rien de leur passé. Ils avancent, se lèvent chaque matin pour aller plus au Sud, car c’est le seul but qu’ils leur restent. Ce qui les fait tenir. Dès les premières pages, on ressent la protection, le bien-être que le père essaye d’apporter à l’enfant.

On ne sait pas non plus ce qui s’est passé sur la terre, laissant au lecteur le choix du drame... Incident nucléaire ? Nouvelle guerre mondiale ? Invasion extraterrestre ? Météorite ? L’auteur ne donne aucune explication et cela renforce le côté angoissant du roman. Cette incertitude sur l’avenir, sur le flou sur le passé, rendent l’histoire terriblement réaliste.

On pourra reprocher à La Route son manque d’action ou ses situations répétitives mais quoiqu’il en soit, l’émotion est là, forte et douloureuse. On assiste à l’initiation d’un enfant par son père, qui le prépare à un sombre avenir, à une survie difficile, tout en essayant de lui transmettre certaines valeurs qui peuvent paraître obsolètes ou des mots qui ne serviront plus jamais. On sent le froid, on sent la cendre qui s’infiltre dans les gorges, la pluie froide, le soleil disparu, la morosité ambiante, on est pris aux tripes devant tant d’amour paternel, devant tant de sentiments distillés en si peu de mots, devant ses rencontres horribles auxquelles ils échappent de peu.
La Route est un très beau roman, bouleversant, intense, jamais relation père/fils n’a été aussi bien retranscrite.

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à propos de l'auteur

Jane Doe

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