Interview Bertrand Rossi (directeur de l’Opéra) : "Nous devons nous adapter en permanence à notre monde"

Maintenant bien en place au poste de directeur de l'opéra de Nice, Bertrand Rossi tente par tous les moyens de garder le monde de la culture le plus vivant possible malgré un avenir incertain. Entretien avec un homme optimiste et dévoué.

Alors que les cinémas, musées, et opéras restent fermés pour cause de Covid-19, Bertrand Rossi, natif de Nice, directeur de l’opéra de sa ville natale, veut continuer à aller de l’avant. Une optique qu’il compte bien transmettre au monde de la culture qui l’entoure.

Comprenez-vous la fermeture temporaire des lieux culturels tandis que certains centres commerciaux restent ouverts et très fréquentés ?

Je n’aime pas cette polémique en ce moment entre les "pour et les contre", quant à savoir si la culture est essentielle ou pas. Je préfère rassembler plutôt que diviser. Et puis, qui peut penser que la Culture n’est pas un art essentiel ? Cette crise sanitaire n’est pas locale ni nationale, mais mondiale. Tous les lieux de culture sont quasiment fermés dans le monde, sauf certains pays qui arrivent à couvrir quelques salles comme par exemple en Espagne.

Toutefois la ville de Nice travaille à établir un protocole sanitaire très strict afin de préparer la réouverture de nos salles. Le maire de la ville, Christian Estrosi, est en lien avec la Ministre de la Culture pour travailler sur ce protocole.

À quoi ressemblent vos journées de travail en ce moment ?

Le fait que les artistes soient confinés, éloignés de notre maison durant cette période mais aussi le personnel administratif en télétravail, a ralenti nos habitudes et notre mode de communication. Plus que d’habitude, je passe beaucoup de temps à garder ce lien comme je le fais avec le public mais aussi avec les 320 agents de l’opéra. Je maintiens le lien par des messages écrits, je les accompagne, je les tiens au courant de la situation, nous partageons énormément sur le futur, les conditions sanitaires. Nous avons organisé l’enregistrement "Akhaten", le "Concert de la Saint Sylvestre", le "Ballet Don Quichotte".

En vue de sa captation, il a fallu adapter "La Dame Blanche" avec une version allégée semi-scénique plutôt que de faire venir le décor de Paris s’agissant d’une coproduction avec l’Opéra Comique et nous préparons effectivement les futurs événements qui garantissent le lien avec le public pendant encore cette période incertaine.

Selon vous, l’opéra est-il plus en danger que certaines activités comme le cinéma ou encore les musées ?

Le cinéma et les musées collaborent avec l’opéra, j’ai envie de dire que nous sommes dans le même bateau. Toutefois, il est vrai qu’il est plus facile d’ouvrir un cinéma et un musée qu’un opéra dans la situation actuelle. C’est un vrai sujet qu’il faut aborder avec nos partenaires puisqu’un spectacle d’opéra nécessite beaucoup plus de personnes, l’opéra est plus compliqué. Nous avons d’autres problématiques sanitaires avec le respect de la distanciation entre les artistes sur scène, les chanteurs qui projettent et le nombre de musiciens de l’orchestre en fosse par exemple, mais nous avons des solutions alternatives qui sont prêtes.

Comment s’adaptent les artistes à la situation ? Reçoivent-ils des aides financières ?

Christian Estrosi et la ville de Nice ont fortement soutenu les artistes durant cette période. Ces derniers se sont retrouvés dans une situation précaire où la plupart des intermittents, chefs d’orchestre, artistes, metteur en scène, se sont vu annuler tous les contrats. La ville a donc décidé de ne pas utiliser sans discernement la clause de force majeure qui nous aurait permis de ne pas honorer nos contrats.

Nous avions conscience que cela aurait ajouté une crise sociale à la crise sanitaire. Les artistes de l’opéra se retrouvant dans cette situation délicate ont reçu des indemnités. Nous devons préserver le talent de notre main d’œuvre, constituée par ces artistes. Nous ne ferons rien sans les artistes et nous avons intérêt à les protéger malgré la situation.

Quel avenir pour la culture percevez-vous à Nice après cette crise ? Êtes-vous optimiste pour la suite ? Quelles sont vos raisons d’y croire ?

Malgré cette fermeture, les artistes de l’opéra ont répondu présents à mon appel et celui de la Ville de garder le lien avec le public. Ainsi, depuis chez eux, ils ont réalisé des capsules vidéo que nous avons publiées chaque jour sur les réseaux sociaux, et notamment sur la plateforme "cultivez-vous.nice.fr" créée spécialement pendant le confinement.

C’était une première en Europe, avec pour résultat 850 000 vues sur les réseaux et 2 millions de téléspectateurs pour le journal télévisé de TF1 où l’Orchestre philharmonique de Nice a été mis en valeur. Il y a eu un véritable engagement de la part des artistes de l’opéra qui ont réellement fait acte de résilience. Il y a eu selon moi une vraie prise de conscience de tous nos artistes. Avec une équipe aussi engagée derrière nous, je suis optimiste pour l’avenir et je dirais même que je suis optimiste pour le présent.

Quand a eu lieu la dernière représentation à l’opéra ? À ce moment-là, vous doutiez-vous qu’elle serait la dernière d’une longue période ? Quand espérez-vous revoir les artistes sur scène ?

La dernière représentation était « La Dame de Pique », une production mise en scène par Olivier Py. Le rideau lyrique s’est baissé le 5 mars. Je me souviens, nous avons fermé le théâtre lors des répétitions de Phaéton et cela a été un crève-cœur pour moi d’annoncer aux artistes que la production devait s’arrêter alors que nous étions en première répétition sur scène. On voit bien la manière dont nous avons évolué depuis, car à cette époque, nous n’envisagions pas l’idée d’une captation alors qu’aujourd’hui, le numérique est placé au centre du projet artistique.

Un plaisir pour nous de faire notre métier malgré tout et de pouvoir accompagner les artistes au bout de leurs projets. Concernant les artistes sur scène avec du public dans la salle, je suis persuadé que le gouvernement sera attentif au protocole sanitaire que nous mettons en place et au sérieux des maisons d’opéras en la matière et leur savoir faire aussi.

Revoir de nombreuses prestations ici : [https://cultivez-vous.nice.fr/]

Source photo : Classique c’est Cool

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Jane Doe

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