Jorge Bergoglio : "Le sport selon Pape François"

Le sport selon le Pape François est "l'encyclique laïque" de Pape Bergoglio ? Footballeur médiocre ( " j'étais une " pata dura" dit de lui-même), joueur amateur de basket suivant l'exemple de son père, passionné du rugby et de ses valeurs, le Saint-Père, a toujours été proche des sportifs et des enjeux sportifs. Nous publions un extrait de ce "pensum" papale qui frappe par sa pertinence, profondeur et modernité. Nous avons également demandé à des personnalités institutionnelles et sportives de commenter ces propos. Nous allons publier ces retours dans les jours à venir.

À votre avis, quels sont les aspects qui unissent l’aventure humaine à celle de l’esprit ?

Les deux, sport et esprit, ont des mots en commun : je pense à des thèmes tels que la passion, la méthode, l’application, l’imagination, la constance.

Aussi à des dimensions encore plus élevées : l’idée de fascination, de plaisir, de satisfaction. Tous ces mots aident donc à comprendre un principe qui combine l’exercice spirituel et physique : l’idée que l’homme, en s’exerçant, peut s’améliorer, devenir plus homme. Cet exercice se fait vers un"plus" , capable de donner du sens à la fatigue physique.

La devise olympique "Citius, Altius, Fortius" s’applique-t-elle également à notre vie quotidienne ?

"La devise est belle :" Plus vite ! Plus haut ! Plus fort ! ". Ils l’attribuent au baron Pierre De Coubertin, mais il a été conçu par un prédicateur dominicain, Henri Didon. Avec les cinq cercles et la flamme olympique, il est l’un des symboles des Jeux. Ce n’est pas une invitation à la suprématie d’une équipe de l’autre, encore moins une sorte d’incitation au nationalisme, c’est une exhortation pour les sportifs, pour qu’ils aient tendance à travailler sur eux-mêmes, franchissant honnêtement leurs limites pour construire quelque chose de grand, sans se laisser bloquer par eux. une philosophie de vie : l’invitation à ne pas accepter que personne ne signe la vie pour nous ».

Tous les quatre ans, il y a les Jeux Olympiques, avec leur Charte Olympique. Les Jeux Olympiques peuvent servir de phare pour les marins : la personne au centre, l’homme qui lutte pour son épanouissement, la défense de la dignité de toute personne. Et le meilleur : "Contribuer à la construction d’un monde meilleur, sans guerres ni tensions, éduquer les jeunes par le sport pratiqué sans discrimination d’aucune sorte, dans un esprit d’amitié et de loyauté". Tout est déjà écrit : vivons-le ! ".

Le sport est aussi une fête et une célébration . Une sorte de liturgie, de ritualité, d’appartenance. Ce n’est pas pour rien que l’on parle de "foi sportive".

"Le sport, c’est tout ce que nous avons dit : fatigue, motivation, développement de la société, assimilation des règles. Et puis c’est amusant : je pense à la chorégraphie dans les stades de football, aux écrits sur le terrain au passage des cyclistes, aux bannières d’encouragement quand une compétition a lieu. Trompettes, fusées, tambours : c’est comme si tout disparaissait, le monde était suspendu à ce moment-là. Le sport, bien vécu, est une fête : on se retrouve ensemble, on se réjouit, on pleure, on sent « Appartenir » à une équipe. « Appartenir », c’est admettre que seul ce n’est pas si agréable de vivre, de célébrer, de célébrer. Il est donc curieux que quelqu’un relie la mémoire de quelque chose au sport : » quelle équipe a remporté le titre , quel champion a remporté la compétition. L’année des Jeux Olympiques, de la Coupe du Monde . En quelque sorte, le sport est une expérience du peuple et de ses passions, il marque la mémoire personnelle et collective. Peut-être sont-ce précisément ces éléments qui nous autorisent à parler de" foi sportive "".

La défaite et la victoire font partie de la dynamique sportive, ainsi que du fait de vivre.

"Gagner et perdre sont deux verbes qui semblent s’opposer : tout le monde aime gagner et personne n’aime perdre. La victoire contient un frisson qui est même difficile à décrire, mais même la défaite a quelque chose de merveilleux. Pour ceux qui ont l’habitude de gagner, la tentation de se sentir invincible est forte : la victoire, parfois, peut vous rendre arrogant et vous amener à penser que vous êtes arrivé. La défaite, par contre, favorise la méditation : on se demande la raison de la défaite, on examine notre conscience, on analyse la C’est pourquoi, de certaines défaites, naissent de belles victoires : car, une fois l’erreur identifiée, la soif de rédemption naît. Je dirais que celui qui gagne ne sait pas quoi perdre. Ce n’est pas qu’un jeu de mots : demandez aux pauvres ".

Un esprit de compétition sain peut-il aussi aider l’esprit à mûrir ?

"Deux passages écrits par saint Paul dans ses lettres me viennent à l’esprit. Le premier :" Ne savez-vous pas que, dans les courses au stade, tout le monde court, mais un seul remporte le prix ? Vous aussi courez pour le gagner "(1 Cor 9 , 24). C’est une merveilleuse invitation à s’impliquer, pas à regarder le monde de la fenêtre. Le deuxième passage que je voudrais rappeler est celui où Paul, s’adressant à son ami Philémon, est comme s’il confiait son secret : "Je cours parce que je suis vaincu" (Ph 3, 12). Aucun athlète ne court uniquement pour courir : il y a toujours une beauté qui, comme un aimant, attire ceux qui se lancent un défi. Cela commence toujours parce qu’il y a quelque chose qui nous fascine ».

* publié dans SportWeek sous forme d’interview le 2 janvier

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