Municipales 2020 : Ciotti à l’attaque, Estrosi à la parade

Le mot "escrime" ( du scandinave skrimen ou allemand skremen) signifie " art de se défendre". C'est ce que depuis deux ans et quelques mois, Christian Estrosi a mis en applications face aux incessants attaques de son rival Eric Ciotti. Plus exactement depuis que le maire de Nice a appelé à voter Macron au second tour de l'élection présidentielle tandis que Eric Ciotti, probablement choqué par l'exclusion de "son" candidat François Fillon , se murait dans un embarrassant silence. Il fallait le comprendre, après s'être vu Ministre de l'Intérieur , il aurait du repasser par la case du départ pour garder sa place de député local...

Depuis cette élection, alors que le Maire de Nice prenait ses aisances avec le nouveau Président et son Gouvernement et co-fondait un nouveau sujet politique , Les Audacieux, en jouant la carte des territoires , Eric Ciotti se lançait dans une croisade anti-gouvernementale , de plus en soutenant la candidature de Laurent Wauquiez à la présidence de Les Républicains et sa ligne droite-droite réactionnaire.

Entre temps , la priorité de son action était dédiée à créer les conditions pour la mise hors-jeu de Christian Estrosi, accusé de macronisme non déclaré alors que lui était un opposant féroce d’Emmanuel Macron, du gouvernement ( il a même endossé le gilet jeune quand il pensait que la place aurait pu renverser le pouvoir en place) et plus particulièrement du Ministre de l’Intérieur ( les critiques à l’adresse de Francis Collomb étaient sévères mais son successeur Castaner - un usurpateur à ses yeux de la place qui voyait comme la sienne- n’a droit qu’aux invectives ).

Naturellement, derrière l’éternelle formule "des valeurs et principes" du parti que Christian Estrosi aurait bafoué, on voyait de toute évidence l’objectif réel de l’ancien président du Conseil départemental : éliminer le maire sortant pour se présenter à sa place à la mairie de Nice avec l’investiture de candidat de LR ( au passage, après avoir pris la présidence de la commission qui est chargée de les attribuer).

D’acte en acte, d’épisode en épisode, c’est la chronique de cet arc de temps.

Sauf que , le temps passe et les élections municipales approchent. Et que, malgré ses injonctions , Christian Estrosi ne s’est jamais fait prendre en défaut formel : il a critiqué de la ligne politique de son parti, il s’est tenu distant de sa gestion , il s’est déclaré ouvert à une collaboration ponctuelle avec le pouvoir en place ( au retour, bien attentionné pour ça) mais il est resté un inscrit de LR et il n’a jamais franchi la ligne jaune de la faute grave ( il a même appelé à voter pour la liste LF aux élections européennes).

Puis les élections européennes , la catastrophique gestion et l’encore plus catastrophique résultat ont mis en évidence que les fameux "valeurs et principes" n’étaient que la mauvaise copie de ceux du RN lepeniste , logiquement primé par les électeurs au contraire de cette fausse copie.

Laurent Wauquiez démissionnaire, le parti en phase de reconstruction mais avec la perspective d’une ligne politique bien différente de celle dont Eric Ciotti a été un des concepteurs, que pouvait faire celui-ci sinon jouer toutes ses cartes ?

On arrive au dernier acte : une lettre ouverte pour dénoncer les ambiguïtés ( ou double jeu) de Christian Estrosi : candidat de LR ou de LREM- demande malicieusement Eric Ciotti- en profitant d’un entretien de celui-ci avec le délégué général de LREM ?

Malheureusement pour lui, son jeu est trop banal et explicite, pour ne pas être compris, même pour les belles âmes qui peuplent le microcosme ( plutôt un cirque, n’est-ce-pas ?) politique local.

Il est vrai que tactiquement Christian Estrosi a tout intérêt qu’un candidat officiel de LREM ne lui soit pas opposé de manière à récupérer un maximum de voix de cet électorat qui lui est plus proche qu’a aucun des autres candidats- question de monter en puissance dans les urnes dès le premier tour contre le candidat du RN Philippe Vardon qui, au delà de sa renommée peu flatteuse, est un personnage préparé et coriace.

Il est également vrai que , pour lui, se présenter avec l’investiture de son parti serait un imprimatur ( par ailleurs, la commission des investitures présidé par Eric Ciotti a opportunément renvoyé la décision sur ce dossier qui sera prise en octobre après l’élection du nouveau président du parti ) mais, si on tournait la médaille, qu’est-ce-qu’on pourrait imaginer de voir ?

On aurait un Christian Estrosi , candidat indépendant de Nice Ensemble, face à un candidat de LR (Eric Ciotti) , ce qui déchirerait le système clanique de pouvoir qui jusqu’ici à géré, tant bien que mal, la cité.

Et quand les intérêts sont en jeu...il ne faut pas trop de fantaisie pour imaginer que la bataille serait sanglante en non sans victimes.

D’où la question : Quel intérêt pour LR -qui a l’impératif de se reconstruire s’il veut avoir une chance a minima pour la présidentielle 2022 d ’offrir un tel spectacle affligeant et contre productif ?

Pour en arriver à quoi , sauf satisfaire l’ambition personnelle d’un dirigeant qui, depuis 2012, a tout raté ( présidentielle 2012, présidentielle 2017, européennes 2019) du point de vue de l’analyse et du résultat ?

Et si , comme il semblerait probable , Christian Estrosi devait être le vainqueur de ce défi ? Perdre une marie de première importance serait-il sans conséquences sur le plan national ?

Alors on comprend tout à fait l’ambition d’Eric Ciotti d’inscrire son nom en tant que maire de Nice, sa soif de battre son rival d’aujourd’hui après avoir été , hier, son premier collaborateur ( on saura jamais d’où cette haine personnelle origine ?) , le regret de rendre inutile le travail de présence et labour sur le territoire de ces temps pour chercher la faveurs des gens et des associations, mais parfois ...

Pour revenir à "l’art de se défendre" et reprendre le fil ... à l’attaque on oppose la parade . Et si l’attaque ne réussit pas, on s’expose à la riposte.

Partager

Laisser un commentaire

Qui êtes-vous ?
Votre message